« 12 août 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 214], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3715, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 12 août [18]64, vendredi, 6 h. ¾ du matin
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, je t’aime ; je te souris dans l’espoir que tu as
passé une bonne nuit et que ton cher fils va toujours de mieux en mieux. Je te bénis
du fond de mon cœur ainsi que tous ceux qui te sont chers. Je t’adore.
J’ai déjà
envoyé une bordée de baisers à votre pavillon puis j’ai risqué un œil hagard et
craintif sur tous mes environs pour savoir si vous n’étiez pas là aux aguets pour
me
prendre en flagrant délit de traversin et d’oreillers ; mais je n’ai rien vu que la
mer qui miroitait, les passants qui passaient et le soleil qui clignotaita ; sur ce : MERCI, MON DIEU ! Je me
suis ruée Zavec avec bonheur sur ma couverture et sur mes draps que j’ai accrochés
tout vifs au fer de mon [balcon ?] et me voilà : attrapéb ! Du reste je me porte si bien depuis
bientôt 3 jours que je me crois en droit de commettre tous les crimes par
reconnaissance pour Dieu et par amour pour vous. « Et puis fâchez-vous si vous voulez,
cela m’est bien égal », comme le dit un méchant auteur inconnu de MA CONNAISSANCE1.
Tout cela, mon doux adoré, n’est que la litière où je
cache ma tendresse sans bornes et mon amour pour toi. Je voudrais baiser tes chers
petits pieds et te faire encore des SCÈNES DE JALOUSIE. Tu ne sais pas combien je
t’aime, tu ne le sauras que lorsque nous ne serons plus tous les deux que des âmes.
Mais d’ici-là, mon pauvre bien-aimé, il ne faut pas que rien de mauvais se mette entre
nous et sépare nos deux mains jointes l’une à l’autre, en attendant l’enlacement de
nos deux ailes. Je te supplie d’avoir la patience d’attendre régulièrement et
fidèlement la fin de cette vie ensemble pour que nous nous retrouvions au même moment
au ciel parmi les élus de l’amour et de la fidélité.
1 « Et puis, fâchez-vous si vous voulez » dit la Reine à Simon Renard dans Marie Tudor (IIIe journée, première partie, scène 4).
a « clignottait ».
b « attrappé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
