Non datée

« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 225-226], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10975, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon Victor. Je te défends de te réveiller, je veux que tu dormes et que tu te reposes, pendant que je vais bien t’aimer, et te le dire tout bas. Moi, je me suis éveillée de très bonne heure et mon premier besoin a été de t’aimer, ma première pensée de t’écrire. Deux choses que je fais en même temps.
Mon cher bien-aimé, je t’aime de toutes les forces de mon âme. Je n’ai pas d’autres soins que de te plaire, d’autre pensée que mon amour. Pardonne-moi mes violences et mes emportements chaque fois que tu parais en douter. Mais si tu savais combien je souffre et combien c’est injuste, tu me pardonnerais et tu m’en aimerais davantage chaque fois que cela m’arrive. Je ne te dis pas cela pour hier parce qu’il est impossible d’être plus doux, plus tendre et plus affectueuxa que tu ne l’as été hier au soir avec moi. Je m’arrangerais volontiers d’une année de tourments pour une heure de cette bonne consolation que tu m’as donnéeb hier. Toute cette nuit et ce matin encore, je n’ai pas faitc autre chose que de penser à toi, avant le sommeil, pendant le sommeil, et après le sommeil. Éveillée, je t’aime, rêvant, je crois que je suis aimée.
J’ai passéd une bien bonne nuit et c’est à toi que je la dois. Merci, merci mon Victor, ne te réveille pas, dors bien. Tu ne perdras rien de mon amour et mes caresses je te les garde pour ton réveil.

Juliette

Je suis si bête que j’ai craint de désobliger cette fille qui est chez moi en refusant une manière de bouquet qu’elle vient de m’apporter. Je crains toujours d’affliger sans motifs, au surplus je ferai tout ce que tu voudras. Je te dis la chose.


Notes manuscriptologiques

a « affecteux ».

b « donné ».

c « je n’ai fait pas fait ».

d « passée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.