« 31 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 284-285], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9724, page consultée le 24 janvier 2026.
31 décembre [1835], jeudi matin, 11 h.
Bonjour, mon bien cher Toto. Je t’aime de toute mon âme. Je suis bien touchée de la
manière tendre et charmante que tu as eue avec moi hier au soir. Je te revaudrai cela
aujourd’hui, si tu viens de bonne heure comme je l’espère car il fait un temps
charmant. Je serai joyeuse et bien GEAIEa. Si tu ne viens pas, je serai triste
en dedans mais j’aurai l’amour sur les lèvres et dans les yeux.
J’ai été un peu
malade cette nuit. Je le suis encore ce matin, mais je pense que cette indisposition
se dissiperait si tu venais me chercher ou même si tu venais pour autre chose.
Mon cher petit Toto chéri, je vous aime, savez-vous cela ? Et je vous adore par-dessus
le marché. Je ne sais pas comment je fais mon compte, mais après avoir dépensé des
tas
d’amour plus gros chacun que des mondes (pendant toute l’année), je me trouve en avoir
autant au commencement de l’autre. Comprenez-vous cela, vous mon Toto ?
Je ne
suis riche que de ce côté-là. Par exemple, aussi ne pourrai-je vous donner que mon
cœur tout sec en cadeau d’étrennes.
Je serai bien
contente si lui seul suffit à notre bonheur.
En attendant, mon petit bien-aimé,
je fais des vœux pour que l’ambition vous fasse tourner les talons de mon côté.
Il fait si beau pour cueillir les [illis.] aujourd’hui, que ce serait grand dommage de
n’en pas profiter.
J.
a « geai ».
« 31 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 286-287], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9724, page consultée le 24 janvier 2026.
31 décembre [1835] 1835, jeudi soir, 8 h. ½
Vous ne direz pas, mon cher petit homme, que je ne vous donne rien. Et de plus, je vous donne mon cœur par-dessus le marché. Il me semble
que c’est assez généreux comme cela. Au reste, je prêche d’exemple, et je désire que
vous fassiez ligne pour ligne, mot pour mot, ce que je fais pour vous et vous me
rendrez la plus heureuse et la plus comblée des femmes.
Je viens de lire la
lettre de la vieillea duchesse1… Cela me fait un étrange effet. Tout ce qu’elle
vous dit, tout ce qu’elle ne vous dit pas …b Quoi que vous en disiez, je m’afflige de voir de vieux chicots grignoter de
vous quand moi-même je ne peux pas en prendre tout mon saoul.
Et puis, je vous
avoue que cette fraternité, de quelque sexe qu’elle
soitc, me paraît monstrueuse et
révoltanted.
Enfin, je suis [illis.] triste et fort tourmentée en pensant que vous prenez plaisir à
des vieux hommages [illis.]
Je ne finirais pas ou plutôt je finirais mal l’année
si je me laissais aller aux sentiments de tristesse et de maussaderie que m’a
causése cette lettre.
Mon cher petit Toto chéri,
faites tout votre possible pour venir très tôt. J’en mangerais
avec plaisir : d’ailleurs, ce serait nous porter bonheur pour toute l’année à
venir. Nous finirions bien celle-ci. Tâchez donc de venir.
Mon bien cher Victor,
je t’aime. Je t’en ai donné une preuve toute récente en résistant au plaisir de
t’offrir quelques bagatelles signifiantes pour ceux qui donnent. Je désire que tu
aiesf la même emprise sur toi.
Tu sais ce que je veux, ce que j’attends, [illis.].
Je donnerais toutes les
étrennes qui ? se distribueront demain dans toute [illis.]. Mon cher petit Toto, offre
?-moi ce que je t’ai demandé. Tu me rendras bien joyeuse et ? bien surprise.
Je t’attends, mon Victor adoré. Je t’aime
[illis.] comme si j’étais en 1836. Ah ! [illis.] que pour cette besogne-là, je suis ?
toujours en avance.
Je ? vous donne pendant que j’y suis et [illis.] du jour de
l’an, des millions de baisers les plus doux et les plus fondants du [illis.].
q
Je vous souhaite de m’aimer toujours comme je vous aime et bien d’autres
chosesg.
Juliette
1 À élucider.
a « vielle ».
b Les points de suspension sont soulignés.
c « qu’il soit ».
d « monstrueux et révoltant ».
e « m’a causé ».
f « que tu es ».
g « que tu es ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
