« 28 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 43-44], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.97, page consultée le 24 janvier 2026.
28 janvier [1836], jeudi matin, 9 h.
Bonjour mon cher petit Toto. Comment as-tu passé la nuit ? Pauvre chéri, tu ne
m’auras sans doute pas écoutée, tu auras voulu travailler et tu seras plus malade
aujourd’hui. Je le crains plus que je ne le désire. Je voudrais te voir pour m’assurer
que ton entêtement ne t’a pas trop nuia.
Mon cher adoré, je n’ai pas d’autre
chagrin que celui de te voir travaillant sans cesse et pour toi et pour moi. Si je
pouvais trouver le moyen de te soulager dans ce travail excessif, je serais la plus
heureuse, la plus gaie et la mieux portante femme du monde. Mais quand je sais que
bien loin de diminuer ton fardeau je l’augmente de tout le poids d’une maison ruinée
et ruineuse, je ne sais plus que devenir et je suis bien malheureuse.
J’ai passé
une assez bonne nuit quoique j’aie fait des rêves fort tristes à notre sujet. Cependant je me sens encore très souffrante ce matin et je vais
rester au lit le plus que je pourrai. Mon cher Toto, je vous aime, allez. J’aurais
bien plus de joie et de courage à travailler pour vous que je n’en ai à accepter votre
dévouement de toutes les nuits. Non pas par une fierté stupide, mais parce que votre
vie m’estb cent fois plus précieuse que
la mienne. Je t’aime, mon cher ange. Je t’aime, je t’aime. Tiens, je t’aime encore
plus qu’autrefois.
J.
a « nuit ».
b « mais ».
« 28 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 45-46], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.97, page consultée le 24 janvier 2026.
28 janvier [1836], jeudi soir, 9 h. moins 10 m.
Mon cher petit fugitif, vous n’avez fait que paraître et disparaître, et encore
aviez-vous l’air très effaré. Si vous étiez resté plus longtemps, je vous aurais
embrassé de tout mon cœur et je vous aurais bien remercié de votre bonne visite.
Mais... vous vous êtes enfui comme si le diable vous emportait ou comme si vous aviez
un rendez-vous très intéressant ou bien encore comme si vous
alliez à une première représentation, ce qui me paraît assez
probable, soit dit entre nous. Le Manière,
ou l’individu à moustache qui venait de sa part, ne s’est
pas représenté jusqu’à présent. S’il vient, je lui ferai une belle révérence et j’irai au bal masqué avec
lui. Han ! Han ! Cela vous apprendra à manger mes pommes quand je n’y suis
pas : c’est-à-dire à aller aux premières représentations quand je n’y suis pas.
Je vous aime mon cher Toto, je vous adore, mon petit homme, quoique vous soyez fort
maussade et plus du tout jaloux. Je vous aime et si vous étiez bien avisé vous
viendriez de bien bonne heure pour quelque chose... de très bon... Et vous seriez
très
bien reçu et je vous pardonnerais tous vos [illis.]
J’ai écrit à Mr Pradier. Je vais
écrire 3 autres lettres en manière de passe-temps et je vous promets, quoi que je
fasse et quoi que je dise, de ne penser et de n’aimer que vous, mon cher petit bijou
chéri.
Je t’aime, je te baise, je te grogne et je suis très aimable en vous
attendant.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
