« 31 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 323-324], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6346, page consultée le 24 janvier 2026.
31 mars [1839], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon cher adoré, comment vas-tu, mon Toto, comment m’aimes-tu ? Pourquoi
n’es-tu pas venu ce matin ? Moi qui comptais tant sur tes œufs de Pâques pour faire une couvée de bonheur qui elle-même aurait fait des
petits tout le reste de l’année. Vous êtes une bête d’avoir manqué cette occasion
de
faire produire à notre amour tout un monde de joie. Aime-moi et baise-moi, si non
en
réalité, du moins en pensée et en désir.
Je me suis réveillée de bien bonne heure
aujourd’hui, ce n’est pas que je souffre moins au contraire. Et j’attends avec
impatience que les vacances de Pâques soient finies pour TOMBER MALADE tout à fait.
Ceci n’est pas une stupide plaisanterie comme tu pourrais le croire, mais la pure
vérité ; ce n’est que le courage, la volonté et la peur de cumuler l’ennui avec la
maladie qui me font tenir pied à mon mal mais je souffre horriblement. Je compte
cependant plus que jamais sur la bienheureusea influence de la madone del Pilar pour
me guérir et pour vous amener plus souvent dans mon lit1. Mon
vœu n’a rien d’offensant pour sa chasteté car je t’aime d’un amour qui me purifie
et
me met au-dessus des femmes ordinaires ; aussi j’espère bien que je serai exaucée.
Jour mon petit o. Jour mon gros To. Je vous écris avec votre belle plume fraichement
taillée. Je ne m’étonne pas, scélérat, que vous écriviez de si admirables choses.
C’est pas ETONNANT avec une plume comme ça ! Donnez-moi votre vec, et réjouissons-nous, de loin, en l’honneur du
saint jour de Pâques que vous auriez pu faire trois fois saint et mille fois heureux
si vous étiez venu déjeuner avec moi ce matin. Enfin tel qu’il est, réjouissons-nous et demandons à Dieu de
nous conserver toujours l’un à l’autre.
Juliette
1 Dans Hernani, à l’Acte III, scène 3, Hernani déguisé en pèlerin dit à don Ruy Gomez qu’il se rend à Saragosse pour honorer Notre Dame del Pilar.
a « bien heureuse ».
« 31 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 325-326], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6346, page consultée le 24 janvier 2026.
31 mars [1839], dimanche soir, 8 h. ¾
Comment, affreux bonhomme, vous ne venez chez moi qu’une minute et vous me mettez tout sensa dessus-dessous : la poudre dans le tiroir, l’encre on ne sait où, et un margouillis effroyable partout. Avouez que vous abusez de la faculté d’être le plus adorable et le plus adoré des hommes ? Convenez-en au moins. Avec tout ça, je ne vous ai pas vu car les quelques minutes que vous avez passées chez moi, vous avez trouvé bon de vous enfermer dans ma chambre tandis que je me tirais les cheveux dans mon cabinet de toilette et vous ne pensez pas que demain j’aurai ma fille, mon père, des femmes, des enfantsb, etc., etc. toutes choses peu récréatives pour un pauvre cœur amoureux comme le mien. Encore si vous étiez venu chercher vos œufs de Pâques ce matin cela m’aurait fait prendre patience, mais RIEN ! Oh ! Je vous en veux, allez, et dire que vous ne venez même pas ce soir. Et penser que vous avez un très beau chapeau et un PARAPLUIE. En vérité, en vérité, tout ceci m’inquiète furieusement et je me tiens à quatre pour ne pas être atrocement jalouse. Décidément, je deviens d’une bonasseriec absurde. Hier Mlle Noblet, aujourd’hui un chapeau de Mirliflor : où tout cela s’arrêtera-t-il ? En attendant, je continue à avoir des déficits dans ma dépense, il paraît que j’entretiens des soldats sans m’en apercevoird, ce mois-ci j’ai encore 9 francs 3 sous 1 liard de moins dans mes épinards. Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais je sais que je t’aime et que je te suis fidèle comme un pauvre chien.
Juliette
a « sans ».
b « enfans ».
c « bonnasserie ».
d « appercevoir ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
