« 6 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 239-240], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11374, page consultée le 01 mai 2026.
6 mars [1837], lundi, midi ¾
Jour mon cher petit bien aimé. Je me réveille
très tard, mais c’est que j’ai été bien malade cette nuit, cependant je vais mieux
à
présent.
Je t’aime mon Toto chéri, je t’aime mon Toto adoré, je suis triste
malgré moi. Cela tient à ce que je ne te vois pas assez. Nous aurions bien besoin,
mon
cher ange, de faire un petit voyage ce printemps pour nous redonner un peu de cœur
au
ventre, moi surtout qui suis triste et découragée.
Quel malheur que je ne sois
pas la maîtresse d’arranger ce petit événement dans notre vie, tu verrais comme je
m’en tirerais bien. D’abord, je ferais ressource de tout,
ensuite je partirais en emmenant ma Juju c’est-à-dire mon Toto le plus loin que je
pourrais, ensuite je la baiserais, je la promènerais au bord de la mer le plus
longtemps possible et [illis.] je ne reviendrais à Paris que dans très longtemps et sans
le sou, mais avec une grande provision de bonheur et d’amour.
Voilà ce que je
ferais, si j’étais vous.
Juliette
« 6 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 241-242], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11374, page consultée le 01 mai 2026.
6 mars [1837], lundi après midi, 3 h.
Mme Guérard
sort d’ici, elle est venue prendre sa loge. Elle s’est beaucoup excusée de son oubli
quand à la mienne, ce qui, au reste, m’a été fort
indifférent. Elle est toujours bête à son ordinaire, mais elle t’aime toujours, ce
qui
ne la rend supportable.
Quel vilain temps gris, je suis toute malade et toute
grimaude : j’ai toujours très mal à la gorge. À quoi cela tient-il ? Cependant je
vous
aime comme il n’est pas possible. Je pense à vous sans cesse, avec cela on ne devrait
pas être malade car ce sont deux complications qui se tournent le dos ordinairement.
Je ne sais pas pourquoi elles font une exception en ma faveur.
Mon bon petit
Oto chéri, je n’ai pas de nouvelle de François ce qui m’inquiète, je ne comprends pas du tout ce que cela veut dire. Je lui
écrirai encore ce soir ou demain, car enfin il faut en avoir le cœur net. En attendant
je t’attends, je t’aime, je baise tes mains et tes pieds y compris l’intervalle. Jour,
mon adoré.
Juliette
« 6 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 243-244], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11374, page consultée le 01 mai 2026.
6 mars [1837], lundi soir, 11 h. ½
Tu es donc bien malade, mon pauvre cher adoré, puisque tu n’as pas pu venir ce soir ?
Quoique j’approuve cette précaution et que j’espère qu’elle arrêtera tout court ton
mal, je n’en suis pas moins inquiète et pas moins désespérée de ne pouvoir te donner
mes soins. J’avais fait moi-même toutes les tisanesa que je croyais propres à calmer ton mal de gorge. Elles sont
là, n’ayant pas le courage d’en user pour moi-même qui suis souffrante aussi et toute
empaquetée. Mais j’ai tant de chagrin de ne pas t’avoir vu et si peur que tu ne sois
plus sérieusement malade que je ne l’avais cru d’abord, que je voudrais crever plutôt
que de rien faire pour m’empêcher d’avoir un mal quelconque. Oh je suis vraiment
triste jusqu’au fond de l’âme.
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, pauvre bien-aimé,
quelle imprudence aussi, te sentant malade, de passer la nuit à travailler ; avec
l’argent du bougeoir nous pouvions aller très longtemps. En vérité tu m’aimes bien
peu
si tu exposes ainsi ta santé, c’est-à-dire ma tranquillitéb, ma vie.
Je ne sais plus déjà
où j’en suis ; ainsi juge si cela se prolongeait seulement deux jours… Hélas, mon
Dieu, tu ne t’étonnerais pas si j’allais moi-même savoir de tes nouvelles ? Je ne
pourrais pas m’en empêcher. Mais il faut espérer que Dieu aura pitié de moi et que
cette nuit de calme et de repos effacera toute espèce de mal, n’est-ce pas mon adoré ?
Et puis je te verrai demain beau et rayonnant à l’ordinaire. Oh ! je t’en prie, si
cela est, viens bien vite, ne fût-ce qu’une minute te montrer à moi pour me rassurer.
Je souffre trop déjà de l’inquiétude.
Bonne nuit, bonne [illis.] bonne santé.
Juliette
a « tisannes ».
b « tranquilité ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
