« 27 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 275-276], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9320, page consultée le 26 janvier 2026.
27 décembre [1840], dimanche midi
Vous n’avez pas pris goût à mon lit, ni à mes caresses, ni à mon amour, mon
Toto, car vous n’êtes pas revenu. Je ne vous en veux pas, bien entendu, mais je
[ne] sais qu’en penser. Je voudrais savoir aussi pourquoi
vous m’avez supprimé la moitié du journal Le Corsaire1 que vous avez apporté hier ? Comme je ne
comprends rien à votre procédé bizarre, vous ne trouverez pas mauvais que
j’envoiea la bonne
chercher le journal entier, tout à l’heure, au
premier cabinet de lecture venu.
J’ai très mal à la tête ce matin et pour
un peu je ne me lèverais pas de la journée tant je souffre de partout. Je vous
aime, Toto, mais je n’en saurais pas dire autant de vous. Je ne sais pas si
cela tient à la saison, ou à vous, ou à moi, mais je sais que vous n’avez plus
la même ardeur, ni le même entrain, ni le même amour pour moi qu’autrefois.
Jour Toto, jour mon petit homme. J’ai
tout plein mon cœur, mon âme, mes yeux et ma bouche d’amour que je voudrais
vous donner. Je vous aime, j’ai bien mal à la tête mais je vous adore. Tâchez
de venir bientôt me voir. Je vais laver et repasser vos mouchoirs. Baisez-moi
vilain monstre.
Juliette
1 Le Corsaire : quotidien spécialisé dans les spectacles, la littérature et les arts.
a « j’envoye ».
« 27 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 277-278], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9320, page consultée le 26 janvier 2026.
27 décembre [1840], dimanche soir, 4 h. ¼
Il est probable, mon Toto, que je ne verrai personne aujourd’hui. Je voudrais échanger toute une soirée de femelles contre une minute de vous qui êtes un fameux mâle, à ce que vous dites, mais je suis sûre qu’avec l’instinct qui vous distingue vous ne viendrez peut-être que très tard dans la soirée. Je n’ai pas encore envoyé chercher le numéro du Corsaire1 mais vous ne perdez pas pour attendre. J’ai lavé et repassé vos mouchoirs qui sont forta bons et fortb beaux, enfin je suis habillée et toutes mes affaires prêtes. Il me semble que le temps est un peu radouci et que le brouillard est tout à fait tombé. Vous seriez bien gentil de me faire sortir ce soir, j’ai un mal de tête affreux et qui demande de l’air à cor et à cris. Voilà deux mois bientôt que nous sommes revenus2 et je ne suis sortie en tout que deux fois dont une pourrait ne pas compter. Je te demande cela, mon adoré, parce que je sens vraiment que j’en ai besoin après cela je n’y compte pas car je sais que tu as toujours beaucoup de choses à faire. Je t’aime mon amour, tâche de venir bien vite.
Juliette
1 Le Corsaire : quotidien spécialisé dans les spectacles, la littérature et les arts. La veille Juliette a reproché à Hugo d’avoir ôté la moitié du journal avant qu’elle ne le lise.
2 Juliette et Hugo sont rentrés de voyage le 1er novembre.
a « forts ».
b « forts ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
