« 26 décembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16343, f. 273-274], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9319, page consultée le 24 janvier 2026.
26 décembre [1840], samedi soir, 6 h. ¾
Mais, sans doute, mon adoré, je suis triste dès que je vois le moment où tu
t’en vas arrivera. Si je ne
t’aimais pas je serais joyeuse et de bonne humeur. Peut-être aimerais-tu mieux
cela. Ce n’est pas la première fois qu’il arriverait de préférer l’amabilité à
l’amour, le sourire à l’âme et la femme amusante à la femme qui aime. Je suis
tout cela depuis longtemps mais je ne peux rien retrancher à mon amour pas plus
que je ne pourrai couper un petit morceau de mon cœur sous prétexte qu’il est
trop gros.
J’ai voulu te voir en allerb malgré le brouillard, j’y ai assez bien réussi mais je
doute que tu aies pu me distinguer à ma fenêtre en supposant que tu aies eu le
courage de te retourner pour me regarder.
Depuis j’ai lavé tes linges, je
me suis débarbouillée et coiffée tant bien que mal au cas extraordinaire où tu viendrais me chercher pour sortir ou pour le
spectacle. J’ai compté ma dépense et fait toutes mes petites affaires. J’ai
reporté à votre compte les trois mouchoirs de
batiste, cela ne vous empêchera pas de me mettre le total de la dépense sur le casaquin et de vous récrier sur l’énormité
du chiffre ; je supporte cela avec assez de philosophie, comme vous savez,
excepté quand vous le dites sérieusement comme hier. Au reste je n’ai plus
d’argent du tout, l’épicier et les balais m’ont tout pris. Battez-moi si vous voulez,
mais je ne peux pas mettre le bout de mon nez dans la caisse à la place des
pièces [de] cent sous qui n’y sont plus.
Il y a juste
aujourd’hui, et presque à la même heure, deux mois que nous sommes revenus à
Heidelberg. Je n’étais pas beaucoup plus gaie qu’à présent car je voyais avec
effroi l’expiration de ma joie et de mon bonheur arriverc. Aujourd’hui je suis encore
trop éloignée du jour où j’espérerai un autre voyage pour me réjouir. Je vous
aime, voilà tout, ça me suffit pour être heureuse.
Juliette
a « arrivé ».
b « en allé ».
c « arrivée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
