« 1 mars 1881 » [source : BnF, Mss, NAF 16402, f. 44], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8046, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 1er mars 1881, mardi gras, 10 h. du matin
En l’honneur de notre jour anniversaire1, je te
[souris ?], je te pardonne et je t’aime. J’espère que tu en feras
autant pour moi dans le for de ton grand cœur.
Lesclide, toujours obligeant, doux et
empressé, est déjà à la besogne du dépouillement des télégrammes, non petite besogne,
je t’assure, nous passerons aux lettres et aux journauxa dès que nous le pourrons. À propos de journaux, quelqu’un
dont je ne sais pas le nom m’a avertieb hier qu’il avait paru dans le Voltaire de la veille un article de Banville intitulé : Camées parisiens dans
lequel je figure2. J’ai eu tout à
l’heure la curiosité de le lire et bien que j’y sois trop bien traitée, cela m’a fait
plaisir de lire cette marque de sympathie de la part de ce galant homme et précieux
poète. Plaisir doublé du souvenir du portrait fait jadis par le bon Théophile Gautier et qu’on rapporte de cette
occasion dans ce médaillon3.
Maintenant, revers de la médaille et du
médaillon, je te fais souvenir que je n’ai pas reçu hier les 200 F. que tu devais
me
donner pour la maison et dont la cuisinière a le plus grand besoin, la dépense loin
de
diminuer pendant ces deux derniers jours, a augmenté dans les proportions de ta
gloire, ce qui n’est pas peu dire. Le temps toujours un peu froid est redevenu gai
et
charmant et plein de bonnes promesses printanières. Moi encore très fatiguée et très
patraque, je retrouve rajeuni dans mon vieux cœur tout l’amour ineffable de notre
radieux jour mardi 1833. Je t’adore.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Le vendredi 16 février 1833 marque leur première nuit d’amour. Quelques jours plus tard, pour mardi-gras, Hugo avait sacrifié un bal costumé à Juliette pour aller de nouveau passer la nuit chez elle.
2 Les Camées parisiens par Théodore de Banville, « Madame Juliette Drouet », Le Voltaire du 28 février 1881.
3 Gautier avait en effet dressé un portrait très flatteur de Juliette Drouet dans Le Figaro du 29 octobre 1837. Il louait la beauté de la jeune actrice à l’occasion de son apparition dans Lucrèce Borgia. Théodore de Banville y fait ainsi allusion : « Et comme la vraie Beauté ne saurait être troublée par rien et reste semblable à elle-même, il persiste vrai et fidèle, ce portrait tracé par Théophile Gautier jeune homme, et dont les Heures qui s’envolent n’ont fait qu’adoucir et harmoniser la couleur éblouissante […] ».
a « journeaux ».
b « avertit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
- 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
- 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
- 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
- 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
