« 25 mars 1863 » [source : BnF, Mss, NAF, 16384, f. 79], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6284, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 25 mars [18]63, mercredi soir, 6 h. ¼
Je continue mon bonheur en t’écrivant, mon doux adoré, car mes jambes peuvent me
faire défaut mais jamais mon amour. J’ai le cœur tout en fête comme la saison et il
me
semble que mes baisers sortiraient de mon âme sous la forme de fleurs, d’oiseaux et
de
rayons, mon cœur déborde de tendresse et je voudrais t’en inonder. Te voilà, mon
bien-aimé, je te dirai le reste tout à l’heure.
Je continue mon gribouillage,
mon pauvre trop aimé, non pour toi qui sais mon âme par cœur, mais pour moi dont c’est
la joie : te dire, te répéter que je t’aime est toujours une émotion nouvelle pour
moi
et je ne m’en lasse jamais. Que Dieu te conserve et te bénisse, mon grand bien-aimé,
pour l’œuvre divinement humaine que tu fais et pour moi dont tu es la vie. J’ai le
cœur navré en pensant à la douleur de la pauvre Mme Montferrier1. Je sens tout ce qu’elle doit souffrir et je ne vois ni consolation
ni atténuation possible au malheur qui la frappe. Si j’étais plus jeune et plus
ingambe j’aurais accueilli ton offre avec empressement et je me serais mise avec joie
à son service ; mais dans l’état où je suis, et qui ne fera qu’empirer, je regarderais
comme une grave imprudence de prendre cette tâche qui retomberait bien vite touta entière sur toi ; et au lieu d’une bonne
vieille femme à soigner tu en aurais deux. Le mieux, je crois, sera de faire pour
elle
de loin tout ce que tu pourras en supposant qu’elle ait besoin de secours de cette
nature et puis nous en reparlerons, mon bien-aimé, mais d’ici là soisb béni pour ta généreuse pensée. Je
t’adore.
1 Son mari, le marquis Victor Sarrazin de Montferrier, vient de mourir.
a « toute ».
b « soit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
