« 9 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 29-30], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5679, page consultée le 26 janvier 2026.
9 juillet [1837], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour mon bon petit homme, bonjour. Je te demande bien pardon de ma maussaderie
d’hier, si on peut appeler ainsi un des accès de mal de tête les plus violents que
j’aie eus de ma vie. Ce matin je ne vaux guère mieux et de plus je suis stupide. Je
ne
peux pas trouver assez d’idées pour me faire donner un verre d’eau quoique je crève
de
soif. Je suis vraiment bien gentille. Si je t’aimais moins je me dispenserais de
t’écrire dans des moments comme ceux-ci où tout ce que je fais et tout ce que je dis
est empreint de la plus effrayante stupidité. Mais pour moi le remède serait pire
que
le mal. J’ai besoin de t’écrire tous les jours deux fois, sans cela il me semble que
je suis encore plus seule et plus malheureuse. Jour mon petit Toto. Pensez un peu à moi au milieu de toutes vos fêtes et de
tous les hommages qui pleuvent sur vous plus dru que la grêle au mois de mars. Je
ne
demande riena de tout
votre bonheur qu’une pensée et un peu d’amour. Avec cela je me croirai plus heureuse
et plus élevée en gloire que vous-même.
Cher petit homme bien aimé, tâchez de
venir me voir. Peut-être serai-je moins souffrante et par conséquent plus aimable.
Et
puis je vous baiserai bien pour la peine.
Juliette
a « je ne demande de rien ».
« 9 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 31-32], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5679, page consultée le 26 janvier 2026.
9 juillet [1837], dimanche soir, 10 h. ½
Quand je pense combien je te vois peu, mon cher bien-aimé, et moins je comprends que je puisse y tenir avec l’amour et le besoin que j’ai de te voir toujours. Je sais bien que tu travailles, et POUR MOI encore, mais cela ne me contente pas davantage. Et je crains au contraire que tu ne finisses par te dégoûter de moi tout à fait à ce métier-là. C’est ce qui est cause que je suis si triste depuis quelques jours et que je suis malade ce soir malgré le voisinage de Mme Pierceau et le plaisir que j’ai eu à lui parler de toi. J’ai très mal à la tête et un peu de fièvre. J’ai bien besoin de me trouver pendant quelques jours en possession entière de toi. C’est pour cela qu’un petit voyage me ferait tant de bien et m’ôterait tout à fait les idées noires que j’ai à présent. Soir mon Toto chéri. Soir. À bientôt n’est-ce pas ? Tu m’auras tenu parole, j’espère. Tu auras dînéa dans ce quartier-ci, et puis tu serais bien bon et bien gentil si tu n’étais pas retourné chez toi ce soir. Je t’aime mon Victor bien aimé. Le sais-tu seulement ? J’en doute quelquefoisb en voyant le refroidissement au moins apparent qu’il y a entre nous depuis longtemps.
Juliette
a « dîner ».
b « quelques fois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
