« 22 mars 1850 » [source : Collection particulière / MLM Paris 65303 0025/0027], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12601, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mars [1850], vendredi, midi ½
Ainsi, mon petit homme, je ne te reverrai plus de la journée, une fois l’apparition d’aujourd’hui faite ? C’est bien peu même pour une princesse de Galles voire même pour la duchesse de Cournouailles. Demain, comme compensation, vous allez à Charlotte Corday1. Tout cela me régale médiocrement et [ne] me donne pas l’envie de guérir de mes maladies2. C’est à ce point que je ne sais pas encore si j’irai chez ma grosse marquise3. Je suis si souffrante, si hideuse et si grognon que je ne me sens pas le courage de m’habiller et d’aller jusque chez elle. Il est probable si elle ne vient pas me relancer tout à l’heure et stimuler ma paresse et mon indifférence que je resterai chez moi à broyer du noir et à me faire pousser des boutons rouges. Je suis vraiment découragée jusque dans la moelle des os. Je n’ai de goût à rien qu’aux choses qui me sont défendues. Je ne désire que des choses que vous ne voulez pas ou que vous ne pouvez pas me donner, ce qui est synonyme. Enfin je suis une pauvre Juju bien avariée et bien malheureuse. Mon cher petit homme je crains que vous ne me preniez dans une sainte horreur et que vous ne puissiez plus me regarder même de profil. Cela ne m’étonnerait pas car je suis arrivée moi-même à me faire peur. Aujourd’hui c’est pire que jamais. Je ne sais où me fourrer pour ne pas me voir et je ne sais que faire pour en pas souffrir au-dehors et au-dedans de moi. T’aimer ? c’est jeter de l’huile sur le feu. Enfin je ne sais à quel saint me vouer tant je souffre à l’âme et au corps.
Juliette
1 Pièce de François Ponsard, dont la Première a lieu le lendemain au Théâtre de l’Odéon.
2 Juliette Drouet a la gale à cette époque.
3 Mme de Montferrier.
« 22 mars 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 75-76], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12601, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mars [1850], vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon tout bien-aimé, bonjour. Pendant que tu étais chez moi hier, le père Triger allait chez toi. De là il est revenu à la maison. Il m’a expliqué en bredouillant ce qu’il allait te demander. Autant que j’ai pu le comprendre ce serait d’écrire au maire de ton arrondissement pour lui recommander Auguste1 en faisant souvenir qu’il rend à sa mère adoptive le service qu’il en a reçu et qu’il est nécessaire à son jeune frère. Tout cela en ta qualité d’académicien et de membre de la commission qui a décerné le prix Monthyon à sa marraine2. Du reste je pense qu’il refera une nouvelle tentative pour te trouver et tu pourras peut-être mieux saisir sa pensée que je ne l’ai fait moi-même malgré mon immense intelligence. Chemin faisant et sans lui dire mon équipée de somnambule3 je l’ai consulté de nouveau pour ma figure. Il prétend qu’il faut, pour me débarrasser à tout jamais de mes boutons, que je m’enferme pendant trois semaines sans voir personne. Ces trois semaines seraient consacrées à exaspérer mes rougeurs au point de me couvrir la figure d’un masque révoltant. Le traitement intérieur se ferait en même temps et se prolongerait pendant deux ou trois mois, après lesquels j’aurais le sang et la figure parfaitement frais et purs et sans aucune possibilité de rechute ; il en est sûr et me le garantit aux conditions que je viens de te dire. Mais, dans tous les cas, on ne peut commencer ce traitement que du quinze au vingt avril quand on n’a plusa à craindre les trop grands froids. Je vais voir ce soir ma fameuse somnambule, je verrai ce qu’elle me dira de son côté. Nous comparerons et tu décideras. En attendant je t’aime.
Juliette
1 Juliette Drouet parle-t-elle ici du jeune Auguste Pierceau ?
2 Prix de vertu décerné par l’Académie française. En 1848, ce prix est décerné à Adeline Castanet, ouvrière, qui a accueilli chez elle deux enfants orphelins.
3 Nom donné vulgairement aux personnes qui pratiquent le magnétisme ou hypnose.
a « quand on a plus ».
« 22 mars 1850 » [source : Collection particulière, MLM 65303 0025/0027], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12601, page consultée le 24 janvier 2026.
22 mars [1850], vendredi, midi ½
Ainsi, mon petit homme, je ne te reverrai plus de la journée, une fois l’apparition d’aujourd’hui faite ? C’est bien peu même pour une princesse de Galles voire même pour la duchesse de Cornouailles. Demain, comme compensation, vous allez à Charlotte Corday1. Tout cela me régale médiocrement et [ne] me donne pas l’envie de guérir de mes maladies2. C’est à ce point que je ne sais pas encore si j’irai chez ma grosse marquise3. Je suis si souffrante, si hideuse et si grognon que je ne me sens pas le courage de m’habiller et d’aller jusque chez elle. Il est probable si elle ne vient pas me relancer tout à l’heure et stimuler ma paresse et mon indifférence que je resterai chez moi à broyer du noir et à me faire pousser des boutons rouges. Je suis vraiment découragée jusque dans la moelle des os. Je n’ai de goût à rien qu’aux choses qui me sont défendues. Je ne désire que des choses que vous ne voulez pas ou que vous ne pouvez pas me donner, ce qui est synonyme. Enfin je suis une pauvre Juju bien avariée et bien malheureuse. Mon cher petit homme je crains que vous ne me preniez dans une sainte horreur et que vous ne puissiez plus me regarder même de profil. Cela ne m’étonnerait pas car je suis arrivée moi-même à me faire peur. Aujourd’hui c’est pire que jamais. Je ne sais où me fourser pour ne pas me voir et je ne sais que faire pour en pas souffrir au-dehors et au-dedans de moi. T’aimer ? c’est jeter de l’huile sur le feu. Enfin je ne sais à quel saint me vouer tant je souffre à l’âme et au corps.
Juliette
1 Pièce de François Ponsard, dont la Première a lieu le lendemain au Théâtre de l’Odéon.
2 Juliette Drouet a la gale à cette époque.
3 Mme de Montferrier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
