29 juillet 1847

« 29 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 164-165], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3769, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, Toto, bonjour mon cher petit o, bonjour et bonheur à vous et à tous ceux que vous aimez. Eh ! bien, à quand la culotte ?
[Dessina]
Je veux vous amorcer en vous montrant un petit échantillon de mon savoir-faire, seulement je vous prie de vous dépêcher parce que je ne serai pas toujours aussi en train que ça. Vous comprenez que lorsque je ferai la véritable copie de votre gribouillis, tous les détails qui échappent dans un espace aussi exigu reparaîtront dans leurs plus petites minuties. Mais je ne saurais trop vous le répéter, il faut vous hâter et me prendre dans le bon moment d’une généreuse faiblesse. Plus tard je pourrais me raviser et me souvenir de ce que je vaux et ne pas vouloir achever ce marché de dupe : cette simple CULOTTE pour un chef d’œuvre !
Tu sais mon petit Toto que je serai seule à partir de midi. Ce n’est pas que je veuille faire de la présence de Suzanne un contrepoids à ton absence, mais je veux seulement te rappeler que c’est aujourd’hui fête de JULIETTE1 et qu’il me serait très doux d’en grignoter un petit morceau dans ta chère petite personne adorée. Maintenant je n’ajoute plus rien à cet avertissement que tu ne liras d’ailleurs que lorsque le dernier lampion sera éteint et que ta pauvre Juju roupillera nez à nez avec sa veilleuse. Dans ce moment-là, mon adoré, je te prie de m’envoyer un baiser le plus tendre que tu pourras afin qu’il m’arrive en rêve sous ta chère petite forme et qu’il me tienne douce compagnie jusqu’au lendemain. En attendant, je t’attends, puissé-je ne pas t’attendre longtemps et passer toute ma journée avec toi.

Juliette


Notes

1 La Sainte Juliette est en réalité célébrée le 30 juillet, et Hugo et Juliette célèbrent déjà plus régulièrement la Sainte Julie le 22 mai.

Notes manuscriptologiques

a Dessin :

© Bibliothèque Nationale de France


« 29 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 166-167], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3769, page consultée le 24 janvier 2026.

Je n’aurais rien à désirer, mon Toto, si tu venais passer tout cet après-midi avec moi ; malheureusement cela n’est guère probable. Cependant je ne veux pas me porter malheur d’avance en désespérant. Je désire, j’attends et j’espère. Je vais envoyer tout à l’heure chez Julie1 pour savoir si on lui permettra de sortir tantôt, ce dont je doute. Je ne veux pas sortir de chez moi pour y aller moi-même dans la crainte que tu ne viennes pendant ce temps-là. J’aime mieux lui écrire un petit mot par Suzanne.
Mon Dieu, quand donc me mettras-tu à même de Jean Tréjean2 ? Rien n’est plus irritant que cet immense temps d’arrêt que tu mets entre ma curiosité et la copie de ce sublime misérable. Il y a des moments où j’ai d’affreuses tentations d’ouvrir le buvard et de me gorger de manuscrit jusqu’à extinction de lignes. Si je ne succombe pas à ces horribles démangeaisons, rendez grâce à ma vertu et taisez-vous.
Je viens de voir Louise3 qui me dit que sa sœur ne pourra pas sortir tantôt. Je suis donc sûre d’être entièrement seule toute la soirée, à moins que tu n’aies pitié de moi, ce qui n’est peut-être pas impossible. Je me confie en ta générosité et je prends courage et patience en attendant mieux. Mon petit Toto adoré, mon amour bien aimé, je te souhaite, je te désire, je t’aime, je t’attends et je t’adore. Ce chapelet égrené, je le recommence sans que ma foi en toi faiblisse un seul moment.

Juliette


Notes

1 Il s’agit de Julie Rivière.

2 Le 1er juin, Victor Hugo a repris la rédaction des Misères, futurs Misérables, qu’il avait interrompue le 18 avril pour préparer un discours sur les prisons. Juliette Drouet est donc impatiente de recopier l’œuvre à nouveau. Le personnage principal ne s’appelle pas encore Jean Valjean, mais Jean Tréjean.

3 Il s’agit de Louise Rivière.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.