« 6 juillet 1847 » [source : MVH, α 8986], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3750, page consultée le 24 janvier 2026.
6 juillet [1847], mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon grand Toto. Dormez mon noble petit
bastringueur et rêvez JUJU s’il vous plaît. Quant à moi je me suis faita illusion une partie de la nuit car j’ai rêvé que vous
étiez revenu auprès de moi. Ce rêve m’a tenu lieu de réalité tout le temps que je
l’ai
fait. Quel dommage que je ne puisse pas rêver éveillée, je n’aurais pas le cœur si
souvent triste. Cependant aujourd’hui je ne suis pas triste, je t’aime et je crois
que
tu m’aimes. Ai-je raison ? Je veux le croire et je le crois de toutes mes forces.
Comment la fête s’est-elle passée ? Les gamins ont-ils bien chaloupéb et bien gobichouné1 ? Dédé a-t-elle été bien
belle et bien admirée ? As-tu été bien heureux mon doux adoré ? Je pourrais me passer
de réponse à toutes ces questions, car la soirée était admirable, les goistapious ont bons pieds, beaux yeux et belles
dents et ma Dédé serait fort embarrassée pour n’être pas éblouissante. Et toi mon
grand lion tu es partout le roi admiré, et vénéré. Je sais tout cela de reste et si
je
te le demande ce n’est pas par curiosité, c’est pour avoir le plaisir de me faire
à
moi-même les réponses que je connais d’avance. Quant à moi, je me suis couchée à
dix heures après avoir baisé mon petit portefeuille. Et puis j’ai lu jusqu’à onze
heures. Tu sais le reste. Maintenant je te gribouille avec une affreuse plume, n’osant
pas me servir de la bonne toute fraîche taillée, et je te baise de toute mon âme.
Juliette
1 D’après Larousse, « gobichonner », mot populaire, signifie « festiner, mener joyeuse vie » (GDU).
a « faite ». Grammaticalement et sémantiquement possible, mais peu probable.
b « chalouppé ».
« 6 juillet 1847 » [source : MVH, α 8987], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3750, page consultée le 24 janvier 2026.
6 juillet [1847], midi ½
Je suis déjà sous les armes, mon Toto bien-aimé, pour aller avec toi si tu le
permets. Dans tous les cas j’irai te chercher tantôt et cette certitude me rend bien
heureuse d’avance. Je te prierai tantôt de me donner une de tes cartes pour mettre
dans mon petit calepina chinois. Je
le garderai toujours dans ma poche, ce sera tout à la fois un ornement et une relique.
Voilà ce que je voudrais faire de tout ce que tu m’as donné. Je t’aime tant mon petit
Toto que tout ce qui me vient de toi m’est plus précieux que de l’or. Ce n’est pas
une
manière de parler, c’est la VRAIE vérité.
Je suis impatiente de savoir en
détails tout ce qui s’est passé hier à cette fête. Du moins tout ce qui s’est passé
pour vous tous. Et puis encore, et surtout, je suis impatiente de revoir ta belle
petite tête, d’entendre ta douce voix et de baiser ta belle bouche. Je t’attends,
je
te désire, je te presse, je t’adore et je galopeb au-devant de toi de toute la force de mon amour.
Juliette
a « calpin ».
b « galoppe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
