« 7 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 191-192], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9700, page consultée le 24 janvier 2026.
7 décembre [1835], lundi matin, 10 h.
Je suis levée, habillée, mon feu allumé eta prête à recevoir l’envoyé de Manière qui, je le crains, ne viendra pas.
Cher petit homme adoré,
vous ne lisez donc jamais mes lettres puisque vous tenez si peu compte de ce qu’elles
contiennent ? C’est bien mal à vous et bien cruel. Vous ne saviez pas que dans celle
d’hier matin, j’ai pris l’engagement avec moi de ne plus vous parler de ce qui fait
le
charme et la tristesse de ma vie, de vos visites devenues de plus en plus rares et
plus courtes. Je ne veux plus vous en parler parce que je suppose que ma discrétion
vous touchera et que vous aurez pitié de la pauvre Juju qui souffre sans se plaindre.
Mais si vous ne lisez pas mes lettres, vous ne savez pas cela et je cours un grand
risque en comptant sur votre générosité.
Vous aviez bien raison, mon cher
bien-aimé, en me donnant hier la devise du livre fermé1. Jamais devise n’aura eu un sens plus vrai et
plus applicable à ma situation. Car ce livre fermé ne sera
même plus ouvert par vous. Tout cela me rend fort triste et fort maussade et vous
savez que je suis très facile à décourager du côté du cœur. Cependant, si vous veniez
de bonne heure, si vous aviez un semblant d’amour et de gaieté auprès de moi, je sens
que ma tristesse et mon découragement se dissiperaient au même instant. Ce que c’est
que de vous aimer de toute son âme comme je le fais, mon Toto. Est-ce que j’aime pourdeux ? lui ? ?
1 À élucider.
a « est ».
« 7 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 193-194], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9700, page consultée le 24 janvier 2026.
7 décembre [1835], lundi soir, 8 h. 20 m.
Quel plaisir tu m’as fait, mon cher bien-aimé, en m’apportant ton beau livre1, bien plus beau encore sans son luxe
typographique. Après le plaisir de t’avoir dans mes bras, tu ne pouvais pas m’en faire
un plus grand. Ah çaa, je compte bien
sur toi ce soir pour m’ôter l’affreux mal de rein que j’ai et qui semble augmenter
de
minute en minute. Si tu ne venais pas encore, je crois que je serais vraiment furieuse
et fort grimaude. Ainsi, arrange-toi pour venir de bonne heure.
Mon cher petit
Toto chéri, je vous aime. Je vous aime trop puisque cela me rend très malheureuse
que
vous ne veniez pas me voir longtemps et tout à fait. Si vous
étiez bien bon et bien aimant, vous viendriez me consoler et me rendre heureuse ce
soir. Vous verriez que vous n’avez pas perdu votre temps et que je prendrais du
bonheur pour la veille, le jour et le lendemain. Ceci une fois dit, mon cher petit
bien-aimé, il ne me reste qu’à vous aimer, en attendant qu’il vous plaise de venir
voir votre pauvre petite Juju qui vous donne en un jour plus de baisers en désirs
et
en pensée que vous ne pourriez en consommer dans toute votre vie.
J.
1 À élucider.
a « À ça ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
