« 26 juillet 1848 » [source : MVH, 8117 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4903, page consultée le 24 janvier 2026.
26 juillet [1848], mercredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon aimé petit homme, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour. J’ai oublié de te dire hier au soir de m’être bien fidèle et de ne pas trop regarder les femmes dans les loges. Vous n’aurez sans doute que trop profitéa de mes distractions, scélérat, et Dieu sait jusqu’où vous aurez poussé l’abus de la bride sur le cou. Tâchez cependant que je ne le sache pas car quoique je sois un peu dans mon tort je suis capable de vous en punir avec encore plus de férocité. J’ai bien amèrement regretté de n’avoir pas deviné hier que tu viendrais avant l’heure du spectacle parce qu’au lieu de m’éreinter à promener Suzanne et de me déshabiller de fond en comble je t’aurais attendu et je t’aurais conduit jusqu’à la Porte-Saint-Martin1. Je n’ai vraiment aucune bonne chance et je passe sans cesse en vue de ce que je désire le plus sans pouvoir y toucher. Cette manière de passer la vie à quelque chose de profondément irritant et qui ferait jeter cent fois par jour le manche après la cognée si on ne gardait pas quelques secrètes espérances de bonheur et d’amour. Aujourd’hui, ce qui me soutient, c’est l’espoir de te voir tantôt.
Juliette
1 Le drame bouffon d’Auguste Vacquerie, Tragaldabas, représentée la veille pour la première fois sur la scène du théâtre de la Porte-Saint-Martin, a subi un échec retentissant.
a « profiter ».
« 26 juillet 1848 » [source : MVH, 8118], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4903, page consultée le 24 janvier 2026.
26 juillet [1848], mercredi midi
Je fais mes préparatifs pour aller vous trouver, mon cher petit homme, et je voudrais bien que par un hasard providentiel vous ayez beaucoup plus d’un quart d’heure à me donner. Je le désire sans y compter car je sais trop tout ce que vous avez à faire y compris les chiens que vous avez à fouetter. Hier j’avais envie d’aller acheter une contremarque à la Porte-Saint-Martin pour vous prendre en flagrant DÉLIRE d’infidélité et pour vous donner une pile s’il y avait lieu. Je ne l’ai pas fait par prudence et pour ne pas faire une concurrence fâcheuse à la giflea de Tragaldabas. Si le sieur Vacquerie ne m’en garde pas une vive reconnaissance il sera dans son tort car c’est à son intention seule que je me suis désistéeb de ce projet délicat et bienveillant. Tout à l’heure tu me diras si j’ai bien fait et comment le public a accueilli la susdite pièce. Maintenant que je ne suis plus sûre de t’accrocher à la représentation je n’y tiens plus du tout et n’était le besoin de faire une politesse au père Cacheux. J’y renoncerais avec enthousiasme mais je n’ai pas d’autre manière de remercier cet excellent bonhomme c’est pourquoi je te prie de me donner une loge le plus tôt possible. J’aimerais mieux une bonne culotte, fût-ce même dans une île avec vous. Malheureusement je n’ai pas le choix, ce dont je bisque.
Juliette
a « giffle ».
b « désisté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
