12 mars 1838

« 12 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 148-149], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.760, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien-aimé, comment vas-tu ce matin ? Je me suis réveillée de bonne heure, pensant que tu viendrais m’apporter la loge de MmeKraft. Il paraît que le théâtre ne t’a pas encore envoyé tes billets ? Charmant théâtre, va, et heureux auteur que tu fais ! Oh ! Si j’avais la puissance comme j’ai la colère, comme je les houspillerais d’importance [ces  ? ] hideux gredins, tous ces plats laquais si vils et si lâches dans leurs perfidies. Je suis furieuse contre toute cette boutique. Quand je pense que c’est à toi qu’ils osent s’attaquer, après les généreux procédés que tu viens d’avoir pour eux1. Ces gens-là sont incorrigibles. Heureusement que je vais me [dégager ?] [dégripper ?]a un peu ce soir en écoutant ma ravissante et sublime Marion car je n’en démords pas, je veux ma petite loge. J’irais plutôt en faire le siège en personne que de n’y pas aller ce soir et tous les jours où on la donnera. N’est-ce pas, mon Toto, que tu veux bien me donner cette joie, car après la présence de ta personne adorée, je ne connais pas de bonheur plus doux et plus grand que d’entendre tes admirables et merveilleuses pièces dont chaque mot est un rubis ou un diamant éblouissant.
J’ai été interrompue ici par l’arrivée de la mère de MmeGuérard qui venait me demander des places pour ce soir. Je ne lui en ai pas promis, comme tu penses bien, je lui ai offert deux places dans ma loge quoique ce soit très ennuyeux de toutes façons d’avoir la Guérard sur le dos. Tu ne viens pas mon Toto, je crains que tu oublies que nous avons une loge à envoyer à Mme Kraft et que nous n’avons que le temps juste. Je vous aime, mon Toto, je vous adore, mon Victor. Jour, Toto. Jour, mon petit homme chéri. Tu n’es pas venu déjeuner avec moi ce matin, c’était pourtant le bon moment mais vous ne devinez rien, vous, vous êtes très bête. Je vous aime.

Juliette


Notes

1 Hugo a eu la magnanimité de refuser les indemnités de retard qui lui étaient dues pour la reprise différée de Marion de Lorme.

Notes manuscriptologiques

a « dégriper ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.