« 18 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 157-158], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4071, page consultée le 27 janvier 2026.
18 février [1843], samedi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon Toto adoré, bonjour, comment va ton pauvre
cœur ce matin ? J’ai rêvé de toi toute la nuit, c’est-à-dire une petite partie de
la
nuit, car j’ai très peu dormi. J’ai été un peu souffrante : des douleurs d’entrailles.
Je me suis levée et même je me suis brûlé le doigt à cause du trop petit morceau de
bougie que je tenais alluméa pour
aller dans mon cabinet de toilette. Tout cela n’est rien mon pauvre ange et j’en
serais même contente parce que tout le temps que je ne dors pas je pense à toi et
je
t’aime. Mais cette nuit je te savais triste et malheureux et j’étais triste et
malheureuse par contre coup. Ma joie, c’est ta joie, ma vie, c’est ta vie, mon
bonheur, c’est ton bonheur et tes chagrins sont mes chagrins. Ne sois donc plus triste
jamais mon cher cher petit bien-aimé, si tu ne veux pas que je le sois cent fois plus
que toi. Que ta ravissante petite figure reprenne son expression accoutumée de douceur
ou de gaieté et je redeviendrai la plus heureuse des femmes.
N’est-ce pas
aujourd’hui qu’on appelle ton procès1 à la première chambre ? Il me
semblait que tu me l’avais dit avant-hier ? De toute façon il est peu probable qu’on
le jugera aujourd’hui et même il est à présumer qu’on ne le jugera pas du tout à cause
du ridicule de la chose. Mais enfin il serait bon que tu en fussesb débarrassé le plus vite possible. Pauvre
bien-aimé, tu as bien assez d’embarras et d’ennuis sans ceux que te suscitec cette hideuse Maxime. Quand tu voudras, j’irai à la répétition.
J’en meurs d’envie. Quand on pense que je ne connais qu’une partie de cette admirable
pièce, moi qui t’aime tant, cela ne paraît pas croyable. Et cependant cela est à mon
grand regret à ma curiosité défendante. Il faut absolument que j’y aille bientôt.
Juliette
1 Mlle Maxime, dépitée de n’avoir pas été retenue dans le rôle de Guanharama dans les Burgraves, a fait un procès à Victor Hugo, procès qu’elle perdra.
a « allumer ».
b « fusse ».
c « suscitent ».
« 18 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 159-160], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4071, page consultée le 27 janvier 2026.
18 février [1843], samedi soir, 4 h.
Je ne te dirai plus rien qui te fâche ou qui t’afflige, mon adoré. J’y suis d’autant
plus portée que lorsque je t’en dis, c’est que j’ai moi-même le cœur blessé. Aussi
ne
demanderais-je pas mieux que d’être heureuse et de croire que tu m’aimes et que je
te
suis nécessaire. Pauvre ange adoré, tu ne sauras jamais assez combien je t’aime. Je
suis heureuse de la pensée que tu viendras souper ce soir. Je serai la plus joyeuse
des femmes si ta chère petite figure a repris son calme et son expression
habituelle.
Je vais envoyer tout à l’heure chez Mme Franque savoir comment va son
neveu. J’espère pour elle, et surtout pour la pauvre mère, que ce jeune homme va
mieux. Ce serait un bien affreux malheur si cette pauvre femme perdait son fils. Je
ne
crois pas qu’elle s’en console et même qu’elle puisse supporter cette perte car elle
adorait ses enfants et celui-là en particulier. Enfin le bon Dieu est grand et surtout
inépuisablement bon. C’est ce qui fait que j’espère avec confiance.
J’ai fait
acheter du papier, un cahier seulement pour te donner le temps d’en apporter si tu
y
penses. Je vais envoyer acheter des pavots pour toi parce que ta provision est épuisée
et qu’on les vend en détail dans la même proportion de prix que le papier.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, souris-moi, aime-moi et ne sois plus triste.
Je
t’aime plus que de toute mon âme. Je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
