« 29 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 301-302], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4940, page consultée le 03 mai 2026.
29 août [1848], mardi matin, 8 h.
Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon amour, bonjour. Je t’aime malgré tous les affreux tours que tu m’as faitsa cette nuit. Il est impossible d’être plus trahie et plus malheureuse que je l’étais cette nuit. Heureusement que le jour est venu mettre fin à cet affreux supplice. Il est vrai que je ne gagnerai pas beaucoup au change et quand je varierais seulement mes tourments et ma jalousie. Hier en te quittant j’avais si soif que j’ai bu au coin du pont un verre de coco à la face du ciel, des bonshommes de plâtre et des représentants de carton qui se trouvaient là et j’en ai régalé Suzanne. Dites donc, vous me devez un sou. Tâchez de me le« les ». rendre. Je ne sais pas trop comment je ferai pour aller le chercher car mon pied est plus malade que jamais1. Ce matin j’ai passé une heure à le panser et à le dorloterb mais je ne sais pas encore si je pourrai mettre une chaussure quelconque. Du reste je suis décidée à vous aller voir nu-piedsc plutôt que pas du tout. Il ne sera pas dit que le cœur et la tête auront eu le dessous dans la lutte avec un simple pied. C’est une idée que j’ai comme cela. Taisez-vous et rendez-moi mon sou, ça vaudra mieux. Baisez-moi, gardez-moi et aimez-moi et je vous pardonne.
Juliette
1 Juliette Drouet souffre d’un cor au pied depuis le 17 août.
a « les affreux tours que tu m’as fait ».
b « dorlotter ».
c « nus-pieds ».
« 29 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 303-304], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4940, page consultée le 03 mai 2026.
29 août [1848], mardi matin, 11 h.
Je vais te voir bientôt, mon amour. Cette pensée me rend la plus heureuse des femmes.
Je ne veux même pas songer qu’il faudra que je revienne presque aussitôt t’avoir vu.
Je veux m’abuser le plus longtemps possible. Pour cela il faut que je ne pense qu’au
bonheur de te voir tout à l’heure. J’ai fait un marché avec la penaillon de la rue de Paradis. Je crois que c’est
une bonne affaire. J’ai vendu mon piano 35 francs,
la commode ………………………
25 francs
un matelas et une couchette de Claire 25 francs
une chaise de
piano 5 francs
Total…………………………. 90 francs
Somme que je n’aurais jamais pu réaliser sans cette circonstance car je l’avais déjà
proposé à la penaillon de la rue [illis.] qui n’en avait pas voulu et à un marchand de
la rue Saint-Louis qui n’en avait pas voulu non plus. De tout cela il résulte que
j’ai
un BURGOS1 pour RIEN, c’est-à-dire pour dix francs car je redois 10 francs que je me suis réservé de donner QUAND je pourrai.
Je ne suis pas folle, tant s’en faut, de ce genre de meuble mais celui-là est très
grand et assez bien conservé et lorsque Suzanne y aura passé quelques demi-journées dessus, il ne sera pas à
dédaigner et il me rendra de fameux services. Du reste je te le répète, c’est une
vraie BONNE OCCASION. La penaillon déménage et se met en chambre, la République lui
ayant donné congé de la boutique et de ses pratiques et puis les curiosités ayant
un
SORT qui fait que personne n’en veut. De tout quoi, je profite avec votre permission.
Baisez-moi, taisez-vous ou criez vive la République démocratique et sociale. Je vous
le permets.
Juliette
1 « Le burgos est habituellement un lustre métallique, mais le mot semble désigner ici le meuble dans lequel Juliette range ses plats. La porcelaine dite « japonnée » subissait une cuisson supplémentaire pour avoir l’apparence de la porcelaine fine du Japon. » (Evelyn Blewer, ouvrage cité, p. 130.)
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
