« 5 juillet 1851 » [source : MVHP, Mss, a 8591], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8887, page consultée le 26 janvier 2026.
5 juillet [1851], samedi matin, 7 h. ½
Bonjour mon tout bien aimé, bonjour et toute mon âme dans le rayon de soleil qui
viendra caresser tes doux cheveux.
Comment vas-tu ce matin, mon cher bien-aimé ?
As-tu bien dormi ? J’espère que tu ne te seras pas levé à cinq heures car alors tu
n’aurais pas eu le temps de te reposer. Tâche de dormir et ne te réveille que lorsque
le soleil sera lui-même tout à fait éveillé.
Tu m’as fait une bien douce
surprise hier en mettant parmi les journaux un paquet de tes lettres. Il m’a semblé
revenir au bon temps d’autrefois où tu m’associais à toute ta vie sans aucune
restriction. Merci, mon bien-aimé, merci d’avoir repris cette douce habitude à ce
moment-ci. J’ai besoin de penser que je rentre dans ton amour et dans ta vie par
toutes les portes à la fois. J’ai besoin de croire que tu m’es bien rendu tout entier
et que je reprends possession de tous mes droits et de tous mes privilèges de femme
aimée. Aussi tout ce qui peut m’en paraître une preuve, même la plus indirecte, me
devient chère et précieuse. C’est pourquoi j’ai accueilli avec des larmes de joie
et
de reconnaissance ces quelques lettres venues d’on ne sait où et disant je ne sais
quoi uniquement parce que c’était une des tes habitudes d’autrefois au temps où tu
n’aimais que moi. Merci mon bien-aimé, merci, tu es bon, je t’aime. Pense à moi. Je
te
désire de toutes mes forces et je te baise de toute mon âme. Je t’aime, je t’aime.
Juliette
« 5 juillet 1851 » [source : MVHP, Mss, a 8592], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8887, page consultée le 26 janvier 2026.
5 juillet [1851], samedi matin, 10 h.
Que fais-tu, mon pauvre petit homme ? Où es-tu ? Qui aimes-tu ? Trois questions que
je me fais dès que mes yeux t’ont perdu de vue et auxquelles je réponds : Je t’aime, je baise la trace de tes pieds et je t’attends.
C’est une manière de dialogue qui met l’interlocuteur parfaitement à son aise et qui
ne le compromets pas. Pauvre cher bien-aimé, quel temps, mon Dieu ! On dirait que
la
providence elle aussi se venge, comme une femme qu’elle est, et que ne pouvant rien
sur ton noble et doux visage elle s’attaque à ta chère santé. Tout cela est bien
triste. Encore si tu pouvais aller chercher le soleil et le loisir dans quelque beau
et bienfaisant pays, mais, non, tu es attaché à cette odieuse chaîne de la politique
et il faut malgré que tu souffres et que tu en aies que tu fasses ton temps comme
un
forçat très peu libéré. Va donc, mon pauvre galérien, mon sublime martyr, mon divin
bien-aimé, accomplis ta rude et dure mission et tâche de ne pas user ta vie trop vite.
Je t’écris au milieu des interruptions des cardeuses de matelas de la droite et
du spirituel et doux babil de ma petite perruche de la gauche qui me relance sous
prétexte de morceaux de doublure et de liserés. Mais tout cela ne peut rien sur mon
idée fixe et sur mon éloquence. Je t’aime, je t’aime et je t’aime. Je n sors pas de
cette sensation prolongée. Maintenant, qu’on me guillotine si on veut, 1852 me
vengera, c’est tout ce que je demande.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
