« 25 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 298-299], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11096, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, vendredi matin [25 septembre 1835], 9 h.
Bonjour, mon adoré, comment vas-tu ce matin ? Tu ne t’es pas ressentia de notre bain d’hier ? On ne s’est
aperçu de rien chez toi ? Voilà ce que je voudrais savoir bien vite, et ce qu’il me
faudra attendre encore longtemps en supposant que le temps ne s’oppose pas à ce que
je
coure au devant de toi. Pour moi, il me reste un malaise général, des coliques et
un
violent mal de tête que j’ai la bonhomieb d’attribuer à l’incident d’hier. Du reste, j’ai ce matin la
figure bouffie, pâle, tirée et tiraillée qu’on croirait que j’ai 50 ans, heureux
effetc de la fontaine de
Jouvence dans laquelle nous nous sommes trempés. Mais la fraîcheur que je n’ai pas
sur
la figure, je l’ai dans le cœur. Tout s’est réfugié là pendant cet affreux orage.
Aussi je t’aime encore bien plus. J’ai la joie et l’amour
dans le cœur et si j’étais bien sûre que tu n’as rien toi, je serais jaie, très jaie1.
Je me suis levée plus tard qu’à l’ordinaire ce matin parce que, ma nuit
ayant été un peu agitée, j’ai voulud rattraper le temps
perdu. Dans ce moment-ci, on est occupé à réparer le SINISTRE D’HIER. Je crois
cependant que j’aurai bien du mal à faire de mon chapeau un chapeau neuf. Mais en
revanche, il m’est très facile de faire de mes souliers neufs des savatese ravissantes. Voilà à peu de chose près la physionomief que présente la pauvre Juju et sa maison ce matin. Elle
voudrait bien pouvoir aller au devant de toi mais le temps est bien mouzon.
Dans le cas où il ne se dériderait pas
à midi, à la place de mon corps je t’envoie mon âme et ma pensée. Tu les trouveras
en
chemin.
1 Prémices du « je suis geaie » que Juliette emploiera de nombreuses fois.
a « ressentie ».
b « bonhommie ».
c « heureuse effet ».
d « voulue ».
e « de savattes ».
f « phisionomie ».
« 25 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 300-301], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11096, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, vendredi soir [25 septembre 1835], 7 h. ½
Mon bon chéri, j’ai été bien tourmentée et bien malheureuse les deux heures où je
t’ai attendua tantôt. Mais
depuis que je t’ai revu, je suis bien tranquille et bien heureuse, à part cette
tristesse inévitable qui arrive lorsque je te quitte car ton absence est la nuit de
mon jour. À part cette tristesse, je suis heureuse, je suis ravie, car je pense qu’il
t’est impossible, du moins pour le moment, de douter de la sincérité et de la solidité
de mon amour.
Je suis rentrée à six heures un quart à la montre d’Hyacinthe, qui avance de 10 minutes comme tu sais.
Je me suis déshabillée, j’ai rangéb mes affaires, j’ai luc, j’ai dîné, je t’écris et je t’aime pendant tout ce temps-là comme
si tu étais là etencore plus. Mon cher bien-aimé, j’espère que le temps ne
s’opposera pas à ce que j’aille au devant de toi demain et que nous serons moins
malencontreux cette fois qu’aujourd’hui où nous nous sommes vus sans nous voir.
Je serais bien contente si tu pouvais prendre un moment sur tes conversations pour
m’écrire un bout de quelque chose, quoi que ce soit ça, ffff ou ça !!!!!!!, pourvu
que
ce soit ta belle petite main qui l’ait gribouillée à mon intention.
Mon Victor,
mon bien-aimé, tu ne sauras jamais comment je t’aime et combien je t’aime, mon pauvre
ange. Repose-toi. Je t’aime.
a « je t’ai attendue ».
b « je t’ai attendue ».
c « j’ai rangée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
