« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 239-240], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5841, page consultée le 01 mai 2026.
Mercredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon bien cher Toto, as-tu bien passé la nuit ? Tu n’es pas venu ce matin
et, en vérité, je n’ai pas le courage de t’en faire un reproche en songeant combien
tu
devais être fatigué. Si tu étais venu d’ailleurs, tu aurais été trop inquiet de l’état
où j’étais. Figure-toi qu’à 3 h. 20 m. ce matin, il m’a pris des coliques et des
vomissements tout à la fois, pendant lesquels j’ai cru mourir sans avoir la force
d’appeler du secours. Après avoir vomi, et souffert tout ce qu’on peut souffrir, je
me
suis traînée jusqu’à mon lit, inondée de sueur et de vinaigre que, fort heureusement,
j’avais trouvé sous ma main. Depuis ce temps-là, je n’ai pas cessé de souffrir
toujours un peu, j’ai pris plusieurs remèdes, un entre autresa, qui fera merveille, car je l’ai
saturé de laudanum. Tu vois, mon bon cher Toto, que je n’ai pas manqué d’occupation
depuis que tu m’as quittéeb. Je suis
vraiment fort triste de sentir combien ma santé va en se détraquant de jour en jour.
Sais-tu que d’après ce qui m’est arrivé cette nuit, je ne suis pas sûre en te quittant
le soir de te revoir le lendemain matin, car pendant que je vomissais, j’avais au
cœur
des suffocations si terribles que je ne pensais pas en revenir. Mon cher petit homme,
mon Victor, mon amant chéri, si ce cas-là arrivait, je ne veux pas que tu t’affliges,
pense que mon dernier souffle, ma dernière pensée aura été pour toi et que s’il survit
quelque chose de nous après nous, mon amour tout entier se sera réfugié dans ce
quelque chose, et que tu le retrouveras en temps et lieu. Voilà ce que je veux que
tu
saches, je ne veux pas laisser derrière moi des chagrins que je ne pourrais pas
consoler.
Maintenant que je t’ai dit tout le fond de ma pensée, il faut que je
t’apprenne que je me sens mieux, que dans un moment, peut-être, il n’y paraîtra plus,
et que lorsque je te verrai, je serai brave et gaillarde, et que j’aurai la force
de
te baiser comme je t’aime.
Juliette
a « entrautres ».
b « quitté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
