« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16322, f. 288-289], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5866, page consultée le 06 mai 2026.
Samedi, 5 h. [du] soir
J’espère bien qu’aucune cause fâcheuse ne t’a empêché de venir, mon cher bien-aimé.
Tu me diras cela tout à l’heure. Moi j’ai aussi à te raconter un accident le plus
bête, le plus ridicule qui se puisse imaginer et qui pourtant m’a fait souffrir une
longue heure les douleurs les plus atroces. J’en ai encore conservé un tremblement
dans les genoux à l’heure où je t’écris ceci. Mon buvarda et mon papier dansent un galop sous ma
main. Si je n’avais pas cru que tu viendrais me prendre pour aller chez Manière, je me serais recouchéeb depuis longtemps. Je ne l’aurais pas
fait dans le doute parce que jamais volontairement je ne laisserai échapper l’occasion
d’être avec toi une seconde de plus. Je tâche de deviner ce qui t’a retenu, je ne
vois
pas. Une lecture au théâtre, il était déjà trop tard lorsque tu m’as quittéec. Ton travail, tu l’aurais suspendu pour
finir une affaire import[ant]e et ennuyeused. C’est donc quelque autree cause indépendante de ta volonté et que tu me diras.
Mon cher Toto, je suis bien mieux avec toi seul qu’avec n’importe quelle foule. Je
n’ai jamais sentif le besoin de
n’importe quelle distraction parce que je n’ai jamais cesség de t’aimer. J’avais besoin de te dire
cela à cause d’un mot qui t’est échappé plusieurs fois hier à la suite de notre mystification. Je te le répète, je n’ai besoin que de toi, je
ne suis heureuse qu’avec toi, le reste est insipide ou importun.
À propos de mystification, je ne veux pas être complice de celle que tu
vas donner au public, cela sent trop le carnaval. Me travestir en femme d’esprit !
ah ! que c’est bête ! Je ne le veux pas, non je ne le veux pas. Je t’aime, c’est par
là seulement que je veux aller à la postérité. Je t’aime comme jamais femme n’a aimé,
il me semble que c’est un titre, celui-là je n’en veux pas.
Juju
a « buvar ».
b « recouché »
c « quitté ».
d « ennuieuse ».
e « quelqu’autre ».
f « sentie ».
g « cesser ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est pensionnaire à la Comédie-Française, engagée par faveur, mais n’y est jamais distribuée. Malgré de plaisantes excursions et villégiatures, l’inaction commence à lui peser, et les disputes alternent avec les réconciliations
- 15 janvierÉtude sur Mirabeau.
- 19 marsLittérature et philosophie mêlées.
- 1er avrilElle est engagée à la Comédie-Française, mais n’y jouera jamais.
- 14 maiPromenade sur la butte Montmartre.
- 2 juilletHugo lui offre un médaillon le représentant « sur fond de Notre-Dame de Reims ».
- 3 juilletExcursion à Jouy-en-Josas.
- 6 juilletClaude Gueux.
- 17 juilletIls vont à Notre-Dame de Paris.
- 20 juilletElle déménage du 35 bis, rue de l’Échiquier pour le 4 bis, rue de Paradis.
- 22-26 juilletVoyage avec Hugo à Saint-Germain, Meulan, Rolleboise, Louviers, Évreux, Pacy-sur-Eure, Poissy.
- 2 aoûtSuite à une violente dispute, Juliette Drouet fuit en Bretagne avec sa fille Claire chez sa sœur, à Brest.
- 8 août-1er septembreHugo l’y rejoint pour la ramener à Paris. Voyage à Brest et sur les bords de la Loire.
- 1er septembreHugo installe Juliette et Claire dans une petite maison dans le hameau des Metz près de Jouy-en-Josas, dans la vallée de la Bièvre.
- À partir du 3 septembreHugo séjourne chez Bertin aîné aux Roches, près de Biévres, avec sa femme et ses enfants.
- OctobreJuliette Drouet emménage au 50, rue des Tournelles.
