« 23 août 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 260-261], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7586, page consultée le 08 août 2026.
23 août [1836], mardi après-midi, 1 h. ½
Cher bien-aimé, je vous écris en vous attendant. Il est déjà 1 h. ½ et vous n’arrivez
pas. 5 h. ½ du s. Je reprends ma lettre où je l’avais laissée à l’heure près. Me voici
déshabillée et triste d’être seule chez moi, soit dit sans t’offenser. Je sais qu’il
faut que tu travailles, je sais en outre que tu as un rendez-vous d’affaire, et je
sais aussi que relativement à tout ce que tu as à faire tu me donnes beaucoup de
temps. Malheureusement à moins de me donner ta vie tout entièrea sans en distraire une parcelle
je trouverai toujours que ce n’est pas assez. Ainsi donc il faut te résigner à
m’entendre toujours me plaindre du trop peu de temps que tu es avec moi.
Je suis
doublement triste parce que je vois que le portrait n’a aucune ressemblance ou une
si
fâcheuse qu’en vérité cela ne vaut pas la peine que tu as prise ni celle que
s’estb donnéec ce pauvre N1. C’est d’autant
plus affligeant pour moi qu’il ne peut y avoir aucun remède à l’avenir puisque c’est
la première et la dernière fois que tu consens à me donner une preuve de patience
et
d’abnégation. Je t’en remercie du fond de l’âme quoique la chose n’est pas réussie.
J’en remercierai aussi ce pauvre N. qui y a mis toute la bonne volonté et toute la
bonne grâce possible et je t’aimerai comme par le passé, de toute mon âme.
Juliette
a « toute entière ».
b « c’est ».
c « donné ».
« 23 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 262-263], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7586, page consultée le 08 août 2026.
23 août [1836], mardi soir, 5 h. ¾
Il m’est plus facile de ne m’occuper que de toi que de détourner ma pensée pour quoi
quea ce soit chez moi. Il m’est
plus agréable de t’écrire que d’occuper mon temps à des choses même nécessaires dans
ma maison. C’est ce qui t’explique ce déluge de lettres en avalanches de tendresses
qui t’enveloppent et t’écrasent tous les jours, heureusement que tu es robuste et
que
tu as un fameux moyen pour ne pas être atteint en ne me lisant pas. Je ne peux pas
te
dire que tu fais extrêmement bien, mais je peux te dire que tu ne fais pas très mal.
Le plaisir pour moi c’est de t’écrire, le bonheur pour toi c’est d’ignorer le plus
que
tu peux cette manie. Tout est pour le mieux, nous faisons chacun de notre côté ce
que
nous ordonnent nos sentimentsb respectifs.
Mon cher bien-aimé, quand il vous
plaira, quand vous vous sentirez le besoin de sustenterc votre corps, j’ai un poulet qui vous ouvre ses ailes ; des
haricots qui vous tendent les bras et moi pour vous servir.
Je t’aime, pense à
moi, plains-moi, ne me prends pas en grippe, soleil mon ami, et viens le plus tôt
que
tu pourras reluire à mon horizon. Je t’aime.
Juliette
a « quoique ».
b « sentimens », orthographe d’époque.
c « substanter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
