« 3 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 119-120], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6117, page consultée le 24 janvier 2026.
3 décembre [1844], mardi matin, 11 h. ¾
Bonjour mon petit Toto bien-aimé, bonjour mon cher adoré, bonjour ma vie ma joie,
ma
vie, mon âme bonjour. Je suis bien paresseuse, mon Toto, et je voudrais bien que tu
m’en fassesa honte. Je sens que je
suis ridicule de dormir comme une marmotte tandis que tu travailles toute la nuit.
Il
est vrai que si je pouvais employerb mon temps à t’aider je ne dormirais pas autant, j’en suis bien
sûre, mon Toto chéri ! J’espère que tu te seras couché en rentrant cette nuit car
il
était fort tard et tu étais bien fatigué ? Pauvre amour bien-aimé je t’aime je
t’adore.
As-tu lu cet article Vassarotti1 ? Je t’y fais
penser dans le cas où tu l’aurais oublié afin que tu écrives un mot à ce Monsieur.
Je
pense que tu auras plus tôt fait d’envoyer ta lettre à l’adresse du journal. Il est
inutile de lui faire faire le grand tour en l’envoyant chez la Sauvageot. Du reste il y a unanimité sur l’urgence
de cette nomination et certes MM. les ministres ne sont pas bienvenus à dire qu’ils
ne
peuvent pas faire cette promotion isolée. Quant à moi si je
savais assez écrire je les abîmerais dans tous les journaux et AUTRES. Je suis l’avis de ceux qui
pensentc qu’il y a un motif honteux
de la part de G… dans cet ajournement indéfini2. Grand bien lui fasse. Il peut bien ajourner
cette promotion mais il ne peut pas l’empêcher et la honte
sera toutd entière pour lui. Allons
bon voilà que je parle politique à présent. Merci, il ne me manquait plus que ça pour
être tout à fait grotesque. Je me dépêche de rentrer dans mes attributions de Juju
qui
vous attend, vous désire et vous adore.
Juliette
1 On suppose qu’il s’agit du journaliste Louis Vassarotti.
2 L’élévation de Victor Hugo à la pairie traîne en longueur, et n’aboutira que le 15 avril 1845.
a « fasse ».
b « emploier ».
c « pense ».
d « toute ».
« 3 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 121-122], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6117, page consultée le 24 janvier 2026.
3 décembre [1844], mardi soir, 11 h. ½
Tu étais sans doute attendu, mon cher petit bien-aimé car tu m’as quittée avec trop
de précipitation pour croire que tu n’avais pas de raison pour cela ? Cher adoré je
ne
t’en sais que plus de gré encore de m’avoir menée acheter cette lampe. Du reste, mon
bon ange, nous nous étions trompés dans notre calcul. Ce n’est pas quinze heures ni même douze heures
que j’allume ma lampe dans les jours les plus (longuets ?) c’est sept et huit et
neuf
heures. C’est déjà énorme comme cela. Je te promets d’y apporter le plus d’économie
possible et de ne l’allumer que le plus tard que je pourrai. Tu le sais bien, n’est-ce
pas mon cher bien-aimé ?
Je suis rentrée avec un mal de tête effrayant. Il y
avait si longtemps que je n’avais pris l’air que le mal de tête m’a saisie, je veux
dire le froid mais je souffre tant encore que je ne sais pas ce que je dis. Je suis
vraiment bien à plaindre avec mon infirmité. Justement te voici. Je te finirai mon
gribouillis demain.
4 décembre, mercredi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon plus en plus rare Toto bonjour. Comment vas-tu ce matin mon petit homme adoré ? Moi je vais bien, mon mal de tête est passé. Je serais heureuse si je te voyais tout de suite.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
