19 février 1849

« 19 février 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 11-12], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5225, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto aimé, bonjour, mon représentant adoré, bonjour. Je me fais une joie de te voir tantôt, quoique ce soit une chose attendue et qui se renouvelle à peu près tous les jours et à la même heure, mais le désir que j’éprouve à voir venir ce moment-là rend mon plaisir aussi vif et aussi profond que si c’était la première fois que je le ressente. Tu serais bien gentil de ton côté si tu voulais penser à m’avoir deux billets pour l’Assemblée en dehors de ton tour1. Si j’osais, je pousserais encore plus loin l’indiscrétion, mais je sais d’avance que tu ne te rendras pas à ma prière, ce qui me décourage un peu, cependant je me risque :
Je prie monsieur Toto de me faire l’honneur de venir dîner chez moi tout de suite. Il y aura des bonnes gobloteries et on ne dansera pas.
La marquise Juju de Siguenza2
Maintenant que je vous ai formulé en termes honnêtes mon invitation, je vous prie d’y répondre, en termes non moins honnêtes, que vous acceptez et que vous viendrez tel jour à telle heure et le plus tôt possible. Puisque vous allez dîner chez Mme Guérard, vous pouvez bien manger chez moi il me semble ? Dépêchez-vous donc au plus vite, je vous en supplie.


Notes

1 Les membres de l’Assemblée nationale avaient le droit à un faible nombre de billets d’invitation pour les séances. On rationnait ces invitations en suivant l’ordre alphabétique.

2 Le 27 septembre 1810, durant la campagne d’Espagne, Léopold Hugo obtient le titre de comte de Sigüenza. Dans le livre sizième des Misérables, Victor Hugo décrit le couvent du Petit-Picpus – où Jean Valjean et Cosette retrouvent Fauchelevent – et fait l’énumération des religieuses qui y vivent. À la liste des noms portés en religion par les religieuses, il associe ceux de ses propres origines. Ainsi mère Présentation, « qui fut prieure en 1847 », se nomme Mlle de Siguenza.


« 19 février 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 13-14], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5225, page consultée le 25 janvier 2026.

Cher petit homme, je pourrais bien te dispenser d’emporter tous les jours deux stupides et insignifiants gribouillis qui ne t’apprennentrien de ce qui se passe dans mon cœur et qui n’ont pas d’autre mérite que d’être l’enveloppe rugueuse et désagréable et lourde de l’amour le plus doux, le plus tendre et le plus ardent qui ait jamais existé. Il suffirait de deux baisers bien appliqués pour te donner l’amande de ces deux bêtes de noix que tu es obligé d’écaler[« écaller ».] tous les jours. À ta place je saisirais avec empressement l’offre que je te fais d’épargner ton temps, tes yeux et ton indulgence. Ce que je te dis pour mes grotesques élucubrations, je ne le dis pour mon amour. Je veux que tu le gardes, que tu l’aimes et que tu t’en serves jusqu’à la fin des fins[« la fin des fin ».] et quand tu devrais en crever d’indigestion. Tu vois que ma modestie n’est pas mince et que je te force justement à faire le plus difficile. Voilà ma générosité, je n’en saurais rien rabattre, de même je ne renonce pas à ma seizième page de ma trop seizième année1. Dès que vous aurez un moment je le prends pour mon cher petit livre rouge. En attendant je vous aime comme une vraie Juju que je suis et je prie le bon Dieu de ne me laisser vivre que le temps juste où je ne vous serai pas indifférente.

Juliette


Notes

1 Juliette Drouet conserve religieusement les lettres que lui adresse Victor Hugo pour célébrer leur première nuit d’amour dans son livre rouge, aussi appelé le livre de l’anniversaire.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.

  • 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
  • AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
  • 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.