« 6 août 1847 » [source : MVH, α 7958], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4091, page consultée le 01 mai 2026.
6 août [1847], vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, le plus intègre des Toto, bonjour le plus honnête des hommes, bonjour
magistrat irréprochable, bonjour austère législateur, bonjour. Je viens d’envoyer
une
circulaire à vos éditeurs pour les prévenir que, dorénavant, vous donneriez ce que vous étiez dans l’habitude de leur VENDRE. Par la raison
pleine de probité commerciale que ce qui se vend doit se
donner. Cette manière d’entendre loyalement le commerce ne leur sera pas je pense
entièrement désagréable. Quant à moi, qui ne suis pas encore parvenue à ce degré de
perfection et d’habitude commerciale, je continue plus que jamais à VENDRE ce que
vous
voudriez me PRENDRE, que Fouyou vous le
MIAULE.
Dites donc je m’aperçois que votre papier est timbré d’un toutou en
flagrant délit de contravention postale. Ces armes aboyantes, pour être à mon adresse,
n’en sont pas de meilleur goût. Pour cela et si je les avais vues auparavant je vous
aurais conseillé de ne mettre personne dans la confidence de ma profession de caniche
et d’acheter du papier MUET et moins symbolique. Maintenant il n’est plus temps
peut-être. Cependant si tu veux j’essaieraia de le changer. Je ne trouve pas nécessaire, parce qu’on
s’appelle Juju, d’écrire à quatre pattes pour tout le monde. D’ailleurs je n’ai pas
besoin d’être stimulée pour vous GROGNER des tendresses ENRAGÉES. Vous le savez bien
et je ne vois pas pourquoi vous voulez me mettre Á LA TÂCHE pour me le rappeler. Je
sais trop bien que je vous aime comme un CHIEN.
a « j’esseyrai ».
« 6 août 1847 » [source : MVH, α 7959], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4091, page consultée le 01 mai 2026.
6 août [1847], vendredi, midi ¼
Je ne sais pas si tu iras à la Chambre, mon cher petit bien-aimé, et quel temps il
fera tantôt. Mais ce que je sais c’est que je voudrais bien t’aller chercher n’importe
où et quel quea soit l’état du ciel.
Je pense que si tu vas à la séance tu viendras me le dire et baigner tes yeux adorés.
J’espère encore que si tu n’y vas pas tu viendras travailler auprès de moi tout à
l’heure, et dans cette pensée je vais me dépêcher de faire mes affaires pourb ne pas te quitter des yeux une minute.
Tu sais, ce pauvre Fouyou continue d’être bien malheureux. Je sais bien
que, puisque je peux te vendre un congé de huit nuits, je
peux aussi bien te le donner. Mais tant que cette nouvelle
manière de pratiquer les transactions commerciales n’aura pas cours chez mon boucher,
mon boulanger, ma fruitière et ma marchande de modes, je me permettrai de garder ma
marchandise plutôt que de la livrer à ce prix-là. Cela n’empêche pas ce malheureux
Fouyou d’être le plus à plaindre des minets. Si vous pouviez le voir dans ce
moment-ci, je suis sûre que vous frémiriez, tout pair de France que vous êtes,
Monseigneur. Enfin ce pauvre chat n’est pas né à la belle étoile pas plus que le
matelot d’Oléron1.
Il est vrai que Saint-Germain est très beau dans ce moment-ci
et que les couchers de soleil y sont admirables, que la saison est charmante et les
jours encore bien longs, et que les allersc et retours coûtent 2 [F. ?] par personne, mais qu’est-ce que toutes ces
considérations font à un homme aussi académicien que vous l’êtes ? Rien évidemment,
et
je perds mon temps et ce pauvre Fouyou sa peine et ses yeux les plus verts à vouloir
vous attendrir sur son sort.
Juliette
1 Ne pas naître sous une bonne étoile, c’est ne pas avoir de chance. Reste à savoir à quel matelot d’Oléron Juliette fait allusion. Peut-être est-ce un des membres d’équipage des embarcations qu’ils avaient prises lors de leur voyage à Oléron en septembre 1847, la région étant infestée d’une fièvre.
a « quelque ».
b Ici un « que » inutile oublié par Juliette, qui a corrigé la suite.
c « allées ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
