« 26 juillet 1847 » [source : MVH, α 7951], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3767, page consultée le 25 janvier 2026.
26 juillet [1847], lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon aimé, bonjour mon plus qu’aimé Toto, bonjour mon adoré Toto, bonjour
je
te baise de l’âme. Tu as bien fait de ne pas revenir par cet affreux temps. Lorsque
j’insistais hier pour te faire revenir, c’est que je pensais qu’il y aurait peut-être
un temps de repos pour la pluie pendant lequel tu pourrais revenir m’apporter ma
chinoise1 et m’embrasser. Et à ce sujet
je vous dirai que ma rapacité ne va pas jusqu’à vous envoyer chercher votre bonne
femme chez vous. Autant j’aurais eu de joie à ce que vous me l’apportassiez, si le
temps l’avait permis, autant elle m’aurait été indifférente si je l’avais envoyé
chercher. Voilà comme je suis.
Vous savez que je ne vous ferai la copie de votre
dessin, y compris les OMBRES, que lorsque vous m’aurez donné une culotte. Une bonne et solide culotte. Parce qu’il y
a culotte et culotte et celle que vous me devez depuis si longtemps est une des plus
grandes qu’on puisse faire sur mesure. Maintenant c’est à
vous de voir quand vous désirez être en possession de ce futur chef-d’œuvre. Je vous
attends pour n’en pas perdre la désagréable habitude.
Quel affreux temps, mon
pauvre Toto, j’espère que tu n’es pas forcé d’aller à la Chambre aujourd’hui ? Dans
le
cas où tu serais obligé d’y aller j’irai t’y chercher. Je n’ai que cette occasion
d’être avec toi et je la mettrai à profit malgré vents et maréesa. J’aime encore mieux être
mouillée jusqu’aux os que d’avoir le cœur trop sec. Chacun son goût. Baisez-moi et
aimez-moi, mon Toto, car j’en ai bien besoin. Je vous adore.
Juliette
1 Un dessin, ou plus probablement une statuette ? Victor Hugo était très amateur de chinoiseries.
a « vent et marais ».
« 26 juillet 1847 » [source : MVH, α 7950], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3767, page consultée le 25 janvier 2026.
26 juillet [1847], lundi, midi ¼
Quel temps, mon Dieu ! Jamais, depuis bientôt trois ans que je demeure ici, la pluie n’avait passé à travers les fenêtres comme aujourd’hui. Les rideaux sont trempés et les tentures aussi. Enfin, mon cher petit Toto, je tremble à chaque instant que mon unique abricotier n’aille rejoindre son camarade. Du reste les plus beaux abricots sont jetés à terre par le vent. Les pots de fleurs des voisins se brisent sur mes dalles, c’est un vrai désastre. Tout cela m’attriste malgré moi : il me semble qu’il fait noir dans mon cœur et qu’il pleut sur mes pensées. Cela tient à ton absence, mon beau soleil, si tu étais auprès de moi je ne verrais pas ce qui se passe au dehors et ma vie serait pleine de joie et de rayons. Quand te verrai-je mon Victor ? Est-ce que tu iras à la Chambre aujourd’hui ? Je t’attends avec une impatience proportionnée à mon amour. Il semble que les battements de mon cœur poussent les secondes en avant pour les faire arriver plus vite à l’heure où tu dois venir. Tout mon être se précipite au-devant de toi comme si cela pouvait te faire arriver plus tôt. C’est une perpétuelle et agaçante activité intérieure qui fait ressembler ma vie à ces condamnés anglais qui marchenta dans une roue sans avancer d’un pas. Pardonne-moi, mon cher adoré, toutes ces pluvieuses divagations qui ne peuvent que t’ennuyer et te fatiguer inutilement. Je sais que tu travailles, et que tu es mon noble et grand Victor incapable d’une trahison envers la pauvre femme qui t’a donné plus que sa vie. Je baise tes divins petits pieds et je t’adore.
Juliette
a « marche ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
