« 13 octobre 1878 » [source : Syracuse], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4690, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 13 oct[obre 18]78, dimanche matin, 6 h.
Bonjour, mon doux adoré, comment as-tu passé la nuit ? As-tu mieux dormi qu’hier ?
Je
l’espère d’après moi qui n’ai fait qu’un somme de minuit à cinq heures du matin.
Depuis une heure que je suis levée j’ai déjà dit adieu à Mademoiselle Stella
Matutina1 et Bonjour à Môsieur Soleil. J’aurais
dû commencer par toi (à tout seigneur, tout honneur) mais j’ai préféré attendre qu’il
ait allumé tous ses rayons pour les faire servir à illuminer mon gribouillis depuis
A
jusqu’à Z. Il fait un temps charmant et mon merle chante comme un… merle, qu’il est,
pendant que je t’aime comme une âme … damnée que je suis. Aussi donc, tout est bien
au
ciel et sur la terre, dans mon cœur et dans mon âme.
Je pense avec joie que nos
chers voyageurs, Paul Meurice et ses trois
chers enfants, vont avoir un temps exquis pour leur dernière étape de Granville à
Paris2. Et je pense, aussi, que le bon Dieu nous donnera aujourd’hui une
heureuse journée bénie où nos deux cœurs n’en feronta qu’un pour dire : je t’adore !
Monsieur
Victor Hugo
Hauteville House3
1 Juliette Drouet qui se souvient des Litanies de Lorette et des Litanies de la Sainte-Vierge qu’elle a dû réciter lorsqu’elle était pensionnaire chez les Dames de Sainte-Madeleine, à Paris : « Stella matutina, ora pro nobis », « Etoile du matin, priez pour nous », fait aussi allusion au vers de « Stella » (Châtiments, Livre VI, XV) : « J’ouvris les yeux, je vis l’étoile du matin. »
2 Paul Meurice et ses trois filles étaient arrivés le 25 septembre. « Mon admirable et excellent et bien-aimé ami, Paul Meurice, a dû arriver hier à Paris. » (Lettre de Juliette Drouet à son neveu Louis Koch, 14 octobre 1878, Juliette Drouet – Lettres familiales, p. 412.)
3 Au bas de la page, Juliette Drouet a écrit, à l’envers : « Je t’envoie le memento concernant tes clés serrées dans la petite armoire à l’éléphant du look-out depuis le 27 juillet 1873. » Le 26 juillet 1873, Victor Hugo a noté dans son Agenda : « J’ai mis toutes les clefs (qui étaient dans cette armoire) [celle de la galerie de chêne] dans le petit placard à l’éléphant (du look-out). » Un petit coffre de bois, surmonté d’un éléphant en ivoire, est aujourd’hui dans la chambre de Victor Hugo à Hauteville House (Renseignement aimablement communiqué par Odile Blanchette.)
a « ferons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
