« 15 décembre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 283], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7451, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 15 décembre [18]63, mardi matin, 8 h. ½
Bonjour et rebonjour, mon doux adoré, comment as-tu passé la nuit ? Si j’en juge
d’après ta pantomime extrêmement joyeuse tu te portes bien ce matin et tout est à
souhait pour la sécurité de mon bonheur. J’espère ne pas me tromper et que tu me le
confirmeras tantôt quand je te verrai. En attendant je penserai avec pitié à
l’aventure déplorable de ce pauvre Kesler,
du reste, à part la crise douloureuse qu’il a euea hier soir à table, il fait très bonne contenance et il paraît
convaincu qu’il a échappé à un malheur certain et incommensurable en n’épousant pas
cette médiocre coquette guernesiaise1. Quant à moi je me félicite de n’avoir
jamais eu aucune relation de près ni de loin avec cette demoiselle plus que
déraisonnable. Maintenant je souhaite à ce pauvre Kesler de ne pas se laisser abattre
par ce dénouement brusque de toutes ses illusions et de tourner ses espérances du
côté
du travail et de la sagesse. Quant à nous, mon adoré bien-aimé, remercions Dieu de
nous laisser l’amour jeune que nous avions il y a trente ans sans qu’aucun de nous
puisse le reprocher à l’autre comme une aberration ridicule et contre nature.
J’espère que cette fois ce sera bien demain mercredi que ton Shakespeareb fera son entrée chez moi. Il y
a si longtemps que je le désire et que je l’attends qu’il serait cruel à lui de
manquer encore une fois de parole. D’ailleurs qui veut la fin veut les moyens et
puisque vous voulez que je ne m’occupe pas de mon ménage il
faut absolument que vous occupiez vous-même mon loisir. C’est à vous de choisir, quant
à moi cela ne me regarde pas et je m’en lave les pieds et les mains. Je ris avec toi,
mon cher petit homme, parce que j’espère que tu as bien [Une ligne
illisible.] tu m’aimes.
1 Le projet de mariage de Kesler avec Marie Vaucour n’a pas abouti. « 9 h. du matin. Rupture de Mlle M. V. avec K. J’ai en ce moment sous les yeux, arrêtée devant la porte de la maison V., la voiture chargée de malles qui va emmener Miss V. Elle part, dit-on, pour le Canada. 9. h. ¼ elle est partie. « (Agenda de Victor Hugo, 14 décembre 1863)
a « eu ».
b « Shaskepeare ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
