« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 1-2], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.101, page consultée le 25 janvier 2026.
[1838]
[Date illisible.]
[illis.] mon petit bien-aimé, je t’aime. Je te remercie de la bonne petite journée que
tu m’as donnée aujourd’hui. Je regrette qu’elle n’ait pas pu être [Lignes illisibles.] plus remplies et les plus heureuses. Mme Pierceau vient
de partir. Suzette est allée la reconduire
jusqu’à l’omnibus. Ma pendule s’arrête toujours et toujours je pousse d’affreux cris
quand je la remets à l’heure. C’est très peu amusant et pas du tout instructif.
J’aimerais mieux le carillon d’Anvers qui chante l’heure de cinq minutes en cinq
minutes. J’ai bien mal à la gorge, mon petit bien-aimé, je n’ai pourtant pas parlé
beaucoup quoique je n’aie parlé que de vous. Tout mon bavardage était en dedans, ça
ne
devrait pas me donner mal à la gorge. C’est injuste, je le dirai, tu verras grand
SRIN.
Soir, Toto, vous ne venez pas souvent le soir, il
paraît que vous faites les cent coups et que vous ne pensez pas aux coups de trique
qui vous attendent ici avec impatience. Mon petit Toto, vous serez le plus caressé,
le
plus choyé et le plus dorlotéa des
hommes si vous venez ce soir et cette nuit. Quand je dis cette nuit, je veux dire
DEMAIN MATIN. Je me mettrai à votre merci, je ferai ce que
vous voudrez. Je me vêtirai en costume de paradis terrestre si vous venez, et voyez
maintenant si cela vaut la peine de sortir de votre lit pour entrer dans le mien.
Hélas ! je crains bien que toutes mes séductions n’aboutissent qu’à quinze jours
d’abstinence, de continence et de pénitence, c’est toujours ainsi que cela seb pratique depuis un an, vieux Toto, et je
vous aime malgré cela, et je vous adore tout de même et encore plus parce que pour
vous aimer je ne me règle pas sur votre empressement ni sur votre amour, ce qui serait
une bien petite mesure. Je vous aime en grand, généreusement et entièrement, je n’ai
rien réservé pour personne de mes facultés d’aimer. Aussi je vous aime trop et vous
n’en savez que faire. Ce n’est pas ma faute, je ne peux pas vous aimer moins. Mon
Toto, je t’adore.
Juliette
a « dorlotté ».
b « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
