« 15 janvier 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 3-4], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.103, page consultée le 24 janvier 2026.
15 janvier [1838], lundi, midi ½
Bonjour, mon cher petit homme adoré, bonjour toi, bonjour vous. Je vais aller à votre
répétition, prenez garde à vous. Je suis très jalouse. Je vous en préviens et capable
de tout. Je vous en avertis.
J’espérais vous voir ce matin. J’avais compté sans
mon autre. Vous êtes peu souvent de mon avis pour cela et
vous aimez mieux rester chez vous que venir chez moi. Au fait je suis moins amusante
que Robelina mais je vous aime davantage. Il fait toujours bien froid, mon
Toto, cependant j’ai eu moins froid cette nuit sans doute à cause de mon petit
système. Je le continuerai pendant les plus grandes gelées. Prends bien garde de ne
pas t’enrhumer aux répétitions, vilain petit homme, et de ne pas vous être fait faire
vos gilets de flanelle. Vous êtes très gentil, je m’en moque. Jouronjournono. Je reste dans mon lit le plus que je peux
pour ne pas faire de feu, c’est toujours ça de gagnéb. Dites donc, mon petit homme, rapportez moi donc mes dessins,
j’ai une impatience de les revoir dont vous ne vous doutez pas mais qui est vraiec. Je voudrais bien aussi si on donne crèceou Marie y aller ce soir. Je vous fais toutes ces prières
avec d’autant moins de scrupules que je sais que vous ne vous gênez pas avec moi et
que tout ce que je dis et rien c’est la même chose. Je vous aime, mon Toto, toujours
autant, c’est-à-dire de plus en plus car voilà l’effet que cela me fait quand je me
couche le soir et quand je me réveille le matin.
Juliette
a « Roblin ».
b « gagner ».
c « vrai ».
« 15 janvier 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 5-6], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.103, page consultée le 24 janvier 2026.
15 janvier [1838], lundi soir 6 h. ¼
Non, mon cher petit homme, je ne suis pas de mauvaise humeur, mais je suis triste et par-dessus tout je suis jalouse. Je me figure que la résistance que tu apportes depuis que nous sommes revenus de voyage à te montrer avec moi en public tient à ce que tu veux faire croire à quelqu’un ou à quelqu’une que notre liaison n’existe plus. Je ne peux pas m’empêcher de croire cela chaque fois que je te vois me refuser de me mener quelque part. Il est impossible que depuis cinq mois tu n’aies pas trouvé au moins une occasion de me satisfaire. Voilà, mon ami, ce qui me rend maussade et irritable. Il est difficile quand on a une pareille épine dans le cœur de rire et d’être de belle humeur. Dans tous les cas je te préviens que j’irai demain à ta répétition. Si je me trompe, et je ne demande pas mieux, je te demande pardon à genoux et de toute la contrition de mon pauvre cœur qui t’aime trop ; si je me trompe, tu es le plus admirable et le meilleur de tous les hommes, et je suis la plus bête et la plus laide des créatures comme j’en étais déjà la plus méchante et la plus vieille. Mais si je ne me trompe pas aussi, qu’est-ce que vous serez, vous ? Je ne veux pas penser à cela, j’en deviendrais folle. J’aime mieux supposer que tu m’aimes et croire que tu ne me trompes pas pour avoir le bonheur de te rendre la justice qui t’est due. Pauvre adoré, combien tu as travailléa pour gagner tant d’argent, et quel chagrin pour moi de le voir déjà dépenséb car le loyer, la bonne et les reconnaissances pour lesquelles j’ai mis 50 francs de côté, ne me laissentc dans ma bourse que 15 francs. C’est vraiment affreux. Ô mon pauvre bien-aimé, si tu ne me trompes pas, et si tu m’aimes autant que tu m’es dévoué, quel homme tu es et que je suis peu de chose auprès de toi. Cependant je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « travailler ».
b « dépenser ».
c « laisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
