« 16 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 55-56], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8783, page consultée le 07 août 2026.
Jersey, 16 octobre 1852, samedi matin, 7 h.
Bonjour, mon doux amour, bonjour, mon inépuisablement bon adoré, bonjour. Je souhaite
que tu aies le temps aujourd’hui de conduire ta charmante fille1 dans quelque coin inconnu de l’île encore plus curieux que tous ceux que vous avez
vus jusqu’à présent. Il est
impossible d’avoir un plus beau temps et il est impossible encore de vous désirer
plus de bonheur que je ne vous en désire, particulièrement aujourd’hui, à cause de
mon bonheur d’hier
que je voudrais rendre, à toi et à tous les tiens, au centuple par reconnaissance.
Aussi, mon cher petit homme, c’est avec une sorte de joie, composée de tout ce que
j’ai de plus tendre
et de plus dévoué dans le cœur, que je renoncerai à te voir aujourd’hui pour te laisser
plus de temps d’être heureux avec toute ta chère famille.
Je ne sais pas si tu es levé et si
tu jouis comme moi de cette belle mer courant au soleil avec un bruit doux et caressant
comme une prière et comme un remerciement. Il y a longtemps que je ne l’ai vuea si tranquille et si heureuse. Vraiment on dirait à la voir si limpide, si douce et si gracieuse, qu’elle éprouve
le
bonheur de se sentir pénétrée et réchaufféeb par le soleil, absolument comme lorsque ton regard réchauffe mon âme. Aussi,
à moins d’empêchements tout à fait sérieux, ce serait un crime de ne pas profiter
de cette admirable journée pour être heureux. Quant à moi, je me fais un bonheur de
vous savoir à même
toutes ces joies de la terre, du ciel et du cœur et je t’adore comme mon vrai Dieu.
Juliette
a « vu ».
b « pénétrer et réchauffer ».
« 16 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 57-58], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8783, page consultée le 07 août 2026.
Jersey, 16 octobre 1852, midi
Quoique mon sacrifice menace d’être encore plus complet que je m’y étais résignée,
mon cher adoré, puisque je ne te verrai même pas ce soir, je n’en persiste pas moins
dans mon désir de
te savoir heureux sans moi aujourd’hui. Va, amuse-toi, jouis de tous les bonheurs
à la fois, depuis celui des yeux et de l’esprit jusqu’à celui du cœur et de l’âme.
Moi, pendant ce
temps-là, je t’aimerai dans mon coin et je tâcherai d’étouffer mes regrets en pensant
que tu me sais peut-être quelque gré de m’effacer si complètement devant tes devoirs
de famille et
ton plaisir.
J’aurais pu aller à Saint-Hélier sous prétexte de marché mais il m’est impossible
de me décider à sortir de ma chambre. Plus je vais et plus j’ai horreur de sortir
sans toi. Je ne m’en plains pas, au contraire, et je voudrais n’être pas forcée de
vivre quand tu n’es pas là. Cela viendra, je l’espère. En attendant je veux que tu
sois très gai, très
content et très heureux tout aujourd’hui et que tu ne penses à moi que pour augmenter
la somme de ton bonheur. Sinona je veux que tu
m’oublies. Il est probable que vous irez chercher vous-même une voiture à Saint-Hélier.
Malheureusement ce n’est pas votre chemin de passer devant ma maison. Ainsi, de toute
façon il n’y
a pas d’espoir pour moi de te revoir avant demain. C’est bien long mais puisqu’il
n’y aura que moi qui en souffrirai, tout est bien. À demain donc, mon amour. Amuse-toi
bien.
Juliette
a « si non ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
