« 12 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 152-153], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5895, page consultée le 03 mai 2026.
12 juin [1836], dimanche matin, 7 h. ¾
Mon cher petit homme, depuis que ma maison et moi sommes très débarbouillées vous
n’êtes pas venu nous voir. Outre que c’est très malhonnête pour elle, c’est très
méchant pour moi qui ne vis que quand je vous vois et qui ne suis heureuse que quand
je vous baise comme je vous l’ai écrit hier.
J’ai passé une très mauvaise nuit,
me réveillant de quart d’heure en quart d’heure. Aussi suis-je éreintée ce matin.
Si
ma bonne revient assez à temps de chez Mme Pierceau pour m’aller chercher un bain j’en prendrai
un ce matin afina de me décourbaturer.
Je t’aime mon cher petit homme, je n’ai pas un petit coin de ma pensée qui ne
soit envahi par la tienne. Je n’ai pas un cheveu de ma personne qui ne souffre de
ton
absence et ne se réjouisse de ton retour. Tu devrais bien leur faire sentir le plus
vite possible cette dernière influence.
Pauvre cher adoré, tu travailles sans
doute, tu te fatiguesb beaucoup et
peut-être du milieu de ton travail trouves-tu moyen de donner une pensée d’amour et
de
regret à ta pauvre vieillec Jujure.
Eh bien ! S’il en est ainsi, je t’aime encore plus, je te plains et je me résigne
à la
condition que tu viendras très tôt récompenser le COURAGE MALHEUREUX. Je t’aime
toi.
Juliette
a « à fin ».
b « fatigue ».
c « vielle ».
« 12 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 154-155], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5895, page consultée le 03 mai 2026.
12 juin [1836], dimanche soir, 6 h. ¾
Quelle journée ! J’ai cru qu’elle ne passerait pas tant que je t’ai attendu et
maintenant je trouve qu’elle a passé trop tôt puisque je ne t’ai pas vu. Ce n’est
certainement pas le désœuvrement qui est cause de la
tristesse et de l’ennui qui m’accablenta car j’ai travaillé toute la journée sans lever le nez de
dessus mon ouvrage jusqu’à présent. Mais qu’est-ce que peut une aiguille tirée dix
fois par minute contre un battement de cœur continuel, contre une impatience sans
relâche et le besoin de te voir permanent ? Je suis effrayée de la pensée que tu ne
viendras peut-être pas encore ce soir. Ma parole, quand je souffre autant
qu’aujourd’hui, il me semble que je ne pourrai jamais arriver jusqu’au jour de la
délivrance.
Je ne vous accuse pas, mon Toto, cependant
il me semble que vous auriez pu venir ne fût-ce qu’une minute m’embrasser et me donner
du courage. Je suis bien triste et bien malheureuse, ne vous en prenez qu’à vous
puisque c’est parce que je vous aime et que je ne vous vois pas.
Mon amour ma
vie mon âme, je t’adore.
Juliette
a « m’accable ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
