11 juin 1836

« 11 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 150-151], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5893, page consultée le 27 janvier 2026.

Je t’écris, mon cher bien aimé, encore épuisée de fatigue et les mains toutes écorchées du travail PITTORESQUE auquel je me suis livrée depuis le départ du tapissier.
Cher adoré, je ne peux pas m’empêcher de regretter le temps que je passe à mes occupations de ménage parce que je crains que ce ne soit des moments perdus pour notre bonheur. Il est clair que tu n’es pas revenu chez moi à cause de cela. Cependant mon pauvre ange je me suis bien vite dépêchéea de remettre tout ça en place et de débarbouiller un coin de ma figure afinb que tu puisses y poser tes lèvres sans dégoût. Mais tu n’es pas revenu et j’en suis bien fâchée contre vous, contre moi et contre tousc les ménages.
Je pense, mon cher amour, que vous ne me ferez pas l’aimable surprise de ne pas venir du tout ce soir. Ça serait mal me récompenser d’un remue-ménage nécessaire après tout. Et puis croirez-vous ce qui arrivera si vous ne venez pas ? C’est que je tomberai malade parce que je ne dormirai pas de la nuit et que je suis très fatiguée. Ainsi vous voyez les conséquences de votre absence.
Mon cher Toto adoré, c’est sans exagération aucune, mais je ne peux pas dormir la nuit si je ne t’ai pas embrassé avant. Je ne peux pas même me déshabituer d’être triste et malheureuse quand je ne te vois pas aux heures accoutumées. Je sais bien que tu travailles, je sais bien que tu as beaucoup à faire toujours mais surtout dans ce moment-ci. Eh bien je ne t’en veux pas, je suis triste, voilà tout. Je compte les heures et j’espère, ça n’est pas bien féroce.
Je pense à toi, je repasse tous nos moments de bonheur dans ma mémoire et j’en désire d’autres et puis je te couvre de baisers dans mon cœur.

J.


Notes manuscriptologiques

a « dépéché ».

b « à fin ».

c « tout ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.