« 13 avril 1850 » [source : MVH, α 9067], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e688, page consultée le 01 mai 2026.
13 avril [1850], samedi matin, 8 h.
Bonjour, mon doux adoré, bonjour, ne souffre plus, ne souffre jamais, je t’en prie, mon amour, parce que cela dépend beaucoup de toi. À preuve que tu ne veux pas voir le médecin parce que tu ne veux pas faire ce qu’il t’ordonnera pour te guérir. Je ne comprends pas ce raisonnement de la part d’un être en possession de sa raison mais enfin, puisque tu le fais, tâche au moins qu’il ne te soit pas trop nuisible et que tu n’en sois pas pour une longue et sérieuse maladie.
Tu as bien fait de ne pas venir me voir par le temps d’hier au soir, mon doux adoré ! En passant devant ta maison je t’ai envoyé une foule de baisers et de tendresses et la défense de ne pas venira. Je vois que tu m’as obéi pour cette dernière chose. Je ne veux pas approfondir quel mérite tu as eu à suivre si bien ce conseil magnétique 1 parce que je ne veux pas mêler un sentiment d’amertume à la plus tendre sollicitude.
Pauvre cher adoré, c’est avec bonheur que je t’aurai fait le sacrifice de ne pas te voir hier au soir si tu as employé ce temps-là à te soigner et à te guérir : je le saurai tantôt. Jusque là je vous aime, mon amour. J’ai confiance en vous. Je crois à tous le [rio ?], à tous les hello, tous les Polonais et tous les Chaumontels de l’univers. On ne peut pas mieux faire, n’est-ce pas mon amour ? En attendant soignez-vous et aimez-moi si vous pouvez.
Juliette
1 Allusion aux pratiques de la « somnambule » qui la soigne alors par hypnose.
a Il semble que Juliette s’embrouille et qu’elle veut dire « défense de venir ».
« 13 avril 1850 » [source : MVH, α 9068], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14833e688, page consultée le 01 mai 2026.
13 avril [1850], samedi après-midi, 3 h.
Je me console en pensant que je vais bientôt te voir, mon bien-aimé ; sais-tu qu’il y a bientôt vingt-quatre heures que je ne t’ai vu ? Si tu savais comme c’est long sur le cadran de mon pauvre cœur tu ne me laisserais jamais aussi longtemps seule, car pour moi c’est être seule que de ne pas te voir, quel quea soit d’ailleurs le lieu où je me trouve et les personnes présentes. Hier mes pauvres vieux amis1 étaient tous les deux malades ; le marquis avait une affreuse migraine et la marquise toutes sortes d’indispositions mêlées ensemble. Aussi le dîner a-t-il été fort triste de part et d’autre ? Le [clown ?]Lacombe n’a même pas eu le pouvoir de nous dérider par ses gambades et ses gasconnades ridicules. Je suis rentrée à sept heures et demie et je crois que mes marquis se sont couchés tout de suite après mon départ.
Voilà, mon petit homme, les plaisirs peu vifs que j’ai eusb hier ; il est vrai qu’à part l’indisposition de ces excellentes gens je n’en espérais pas d’autres. J’attends que tu viennes pour me réconforter un peu le cœur et l’âme. En attendant j’ai fait le compte du semestre plus ce dont j’ai absolument besoin. Je voudrais pour tout au monde que ce compte fût déjà réglé tant j’ai horreur des explications d’argent. D’y penser je deviens toute triste et toute tourmentée. Dieu veuille que mes appréhensions ne soient pas justifiées. En attendant je tremble dans ma peau de Juju comme si je n’étais pas dans la plus stricte économie, dans le plus grand dénuement et dans la plus modeste prétention. Mais tout cela ne suffit pas pour éviter des contestations hideuses et des préventions injustes, j’en ai peur du moins. Nous verrons si je me suis trompée et si je dois te demander pardon de toutes mes forces.
Juliette
1 Les Montferrier.
a « quelque ».
b « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
