7 avril 1864

« 7 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 95], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e189, page consultée le 01 mai 2026.

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Contrairement à ma douce habitude, mon cher bien-aimé, je suis sortie de chez moi sans y laisser le procès-verbal (écrit) de mon amour tant je craignais que tu ne m’attendisses là-bas. Mais je rentre assez à temps pour me donner satisfaction sur ce point. Pendant ce temps-là tu pioches dur sur tes dernières épreuves. Ce qui ne t’empêche pas de commettre de bonnes actions et de faire des dessins charmants … POUR VOUS, MONSIEUR ; quant à moi qui ne fais rien, je trouve à peine le temps de vivre tant je suis affairée. Aujourd’hui j’ai Marie Turpin pour m’arranger quelques guenilles dont je suis tout à fait au dépourvu. Puis MON OUVRIER que j’ai DIRIGÉ, je m’en flatte, et enfin l’applique1 que j’ai fait APPLIQUER ce qui complètea splendidement cette chambre féérique. Maintenant je gribouille à plein collier en enfonçant mes doigts jusqu’au coude dans l’encre sous prétexte de description et de style. Puis je te souris, puis je t’adore, puis je divague comme si mon cœur me montait à la tête ; puis je te bénis comme la providence visible de ma vie, comme le Dieu de mon âme.

Cher cher bien-aimé, je voudrais pouvoir te montrer mon amour : tu en serais ébloui et heureux comme d’une radieuse et sainte vision du ciel. Je t’aime. Je ne trouve que ce mot là à te dire car tout mon être, corps, cœur et âme est fait de ce mot-là. Je t’aime.

J.


Notes

1 Probablement une des appliques en Saxe offertes par Victor Hugo le 4 avril.

Notes manuscriptologiques

a « complette ».


« 7 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 96], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e189, page consultée le 01 mai 2026.

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J’espère, mon cher petit homme, que tu n’as fait comme moi qu’un long somme toute la nuit et que tu te portes comme le Pont-Neuf, locution consacrée mais vieillarde, et que tu m’aimes tout plein ton cœur comme je le fais moi-même depuis un bout à l’autre de ma vie. Il paraît que nous sommes enguirlandés, pavoisés et cornés à cause du mariage de notre voisin inconnu Collingson, lequel vient de se faire tout à l’heure à la grande joie de Mellisch et de Mollet qui ont arboré toutes leurs couleurs en l’honneur de ce beau jour. Grand bien leur fasse et aux deux jeunes époux encore plus. Je ne les envie pas. L’entonner à son de trompe et le bonheur en faux bourdon n’est pas ce qui me tenterait même rétrospectivement et en me supposant à l’âge heureux de vingt ans : du reste je ne sais pas pourquoi je m’occupe de cela si ce n’est que je l’entends rabâcher par mes servardes que toutes ces démonstrations émoustillent. Autre guitare, le doreur n’est pas venu ce matin. Est-ce qu’il n’a plus rien à faire pour nous ? Voici le moment venu de prendre un grand parti pour la maison car selon que tu décideras on fera ou on ne fera pas l’escalier1. Mais de quelque façon que tu fasses, je te prierai de me faire poser des planches dans une des petites chambres et dans le grenier pour y poser les livres et les journaux et toutes les choses qui sont à l’usage et hors d’usage d’une maison et qui ne peuvent pas traîner à terre. Enfin tu résoudras tout cela, moi je n’ai que la fonction de t’aimer et Dieu sait si je m’en acquitte avec confiance.


Notes

1 Le projet d’escalier a été dessiné (plume et encre brune) par Victor Hugo dans le petit album BnF, Mss, Fonds Hugo, NAF 13460, f. 77v : ark:/12148/btv1b53033813z. L’escalier est décidé est réalisé dès le 2 mai (voir lettre de Juliette à cette date).

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.