20 octobre 1863

« 20 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 230], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7256, page consultée le 24 janvier 2026.

C’est la première fois depuis notre retour1 que j’ai la joie de te dire bonjour, PARLANT À TA PERSONNE… DES YEUX, sinon des lèvres ! Mon cher petit bien-aimé, que Dieu en soit loué et béni et toi aussi. J’ai cru voir et j’ai entendu de ta bouche que tu allais bien ce matin. J’espère que c’est la vraie vérité que tu me confirmeras de plus près tantôt quand tu viendras. En attendant je suis assez inquiète de la nouvelle hygiène que te conseille Corbin, je ne sais pas comment mon pauvre cœur se tirera du régime qu’il te prescrit, mais là n’est pas la question et ta santé ne doit pas s’en inquiéter. L’important est que tu te portes bien et que tu vives de longues années pour le bonheur et l’admiration du genre humain. Tout doit être subordonné à cela. Tant pis pour l’amour qui se trouve dessous, il s’en tirera comme il pourra et même pas du tout probablement mais peu importe si ta santé et ton bonheur en sont le prix, et puis le ciel est si près qu’on peut toujours s’y réfugier si on se trouve trop mal sur la terre. Donc, mon cher bien-aimé, ne te fais pas un souci de mes vieilles susceptibilités. Portea-toi bien et sois heureux le plus longtemps possible en ce monde, mon tour reviendra peut-être plus tard dans l’autre.
Voici un beau temps dont tu feras bien de profiter, si tes dents ne craignent plus le grand air. Quant à moi mes affaires de ménage ne me permettent guère de quitter la maison surtout le jour où j’ai des dîneurs. L’hospitalité ne le veut pas mais rien ne peut m’empêcher de t’aimer. Je ne le sens que trop.

J.


Notes

1 Ils sont rentrés de leur voyage en Belgique, Luxembourg et Allemagne le 7 octobre.

Notes manuscriptologiques

a « portes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.