« 29 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 276-277], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9722, page consultée le 26 janvier 2026.
29 décembre [1835], mardi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon cher petit adoré. J’espère que si vous faites des visites aujourd’hui,
vous viendrez me chercher parce qu’il fait très beau temps pour aller en voiture et
pour attendre. Au moins, je ramasserai le long du chemin toutes les petites miettes
de
bonheur qui tomberont de votre adorable petite personne.
Avez-vous bien dormi,
mon cher petit homme ? N’avez-vous pas eu trop froid ? Avez-vous travaillé trop tard,
mon cher petit bourreau ? Moi, j’avoue à ma honte que j’ai bien dormi. Je me le
reproche en pensant que vous travaillez pendant ce temps-là comme un pauvre petit
ouvrier affamé. Mon cher petit Toto, quand pourrai-je te relayer dans cette tâche
si
pénible ? J’ai bien de l’impatience en y songeant. Je voudrais tant que ce soit à
ton
tour de dormir et au mien de veiller. Je donnerais tout ce que j’ai et tout ce que
je
pourrais avoir pour cela.
Je t’écris au coin de mon feu. Je me suis levée plus
tôt parce qu’il faisait moins froid et que je veux être prête à tout événement dans
le
cas où tu viendrais me chercher.
Mon cher bien-aimé, j’ai été bien bien heureuse
cette nuit dans tes bras. J’ai cru voir que tu m’aimais et je me suis sentie ravie
jusqu’au fond de l’âme. Oh ? ! Ne me laisse plus si longtemps sans te voir, sans
te
toucher et sans te respirer.
Juliette
« 29 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 278-279], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9722, page consultée le 26 janvier 2026.
29 décembre [1835], mardi soir, 8 h. ¼
Vous avez fièrement bien fait de venir, affreux Toto, sans cela j’aurais été fort
en
colère contre vous toute la soirée. Avouez que vous êtes bien bête avec vos bouts
de
fil et votre cire. Allez, mon cher Toto, le meilleur trébuchet1 pour
prendre la fidélité, c’est l’amour. Tous les autres sont des pièges à loup plus ou
moins fantastiques.
Ah ! J’ai oublié de vous demander ce que c’était que cet
horoscope donné par le roi de trèfle qui vous annonce que la loterie de Lyon vous
sera
très favorable ? Allons, voici mes jalousies et mes inquiétudes qui recommencent de
plus belle. Toto, Toto… Je sens la trahison à pleine bouche. Prenez garde à vous.
J’espère que M. Bernard ne va pas
rester toute la soirée chez vous et que je pourrai avoir bientôt l’explication de
tous
les mystères de votre portefeuille. En attendant, je vous aime, je suis furieuse,
je
vous adore et je rage.
Si vous venez de bonne heure, je serai disposée à croire
que vous n’êtes pas aussi coupable que vous en avez l’air. Si vous venez tard, je
n’accepte aucune explication.
Juliette
1 Piège en forme de cage, dont on se sert pour prendre des oiseaux.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
