« 28 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 270-271], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9721, page consultée le 24 janvier 2026.
28 décembre [1835], lundi matin, 10 h. ½
Bonjour, cher petit homme, je t’aime, mon cher petit Totoa. Il fait bien froid,
mon pauvre petit ouvrier et tu as dû bien souffrir cette nuit.
J’ai
interrompub ma lettre
pour parler à la portière, comme nous en étions convenus. Je n’ai pas obtenu d’autres
résultats que les autres fois. C’est toujours la même chanson… Enfin, soyons-en
[illis.], nous verrons.
Mon cher petit bien-aimé, je pleure en vous écrivant ceci
mais ce n’est pas de chagrin, mais la fumée qui étouffe la chambre.
Je voudrais
bien vous voir, mon petit chéri. Cela me ferait bien du bien. Je crains que tu ne
sois
forcé de faire encore des visites jusqu’à la nuit, c’est-à-dire jusqu’au dîner et
depuis le dîner jusqu’à minuit, ce qui me fera une journée fort triste. Enfin, je
tâcherai qu’il n’y paraisse pas trop sur mon visage.
Mon cher petit chéri bien
aimé Toto, je t’aime bien, va. Si tu savais combien, tu en serais bien content et
tu
sentirais le besoin de venir bien vite auprès de moi.
À bientôt, mon cher bon
petit homme. Je peux à peine tenir ma plume tant j’ai froid parce qu’il a fallu ouvrir
pour laisser [illis.] la fumée, mais mon cœur brûle.
Juliette
a « mon mon cher petit Toto ».
b « j’ai interrompue ».
« 28 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 272-273], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9721, page consultée le 24 janvier 2026.
28 décembre [1835], lundi soir
Depuis que vous m’avez quittéea, mon cher petit Toto, il m’est arrivé les aventures de Nigel1. Figurez-vous qu’un des morceaux de tourbe, si bien arrangé
par vous, est tombé dans le potage ce qui est cause que je n’en ai pas mangé. Un
second morceau de tourbe enflammé est tombé près de la chaufferetteb et y a mis le feu tout à fait. Le
3e est tombé sur le paillasson et en voulant l’éteindre,
j’ai renversé mon verre plein d’eau et de vin. C’était tout à la fois l’incendie et
l’inondation. J’espère qu’en voilà assez pour ce soir.
Vous ne faites pas de
visite ce soir, mon cher petit homme. Je vous prie donc de me donner une preuve
d’amour en venant un petit peu tréteaux ce soir.
Pourquoi donc, mon cher bien-aimé, me cacher ce que tu fais pour moi ? Pourquoi me
priver du bonheur de te devoir encore quelque chose de plus que ce que je dois tous
les jours à ton dévouement, à ta générosité ? Qu’est-ce que cela me fait à moi que
tu
réussissesc ou que tu ne
réussissesd pas ? L’important
pour moi est que tu t’es occupé de moi, que tu as pensé à moi, que tu as parlé de
moi,
que le reste vienne après, tant mieux ou tant pis, mais que je sache toujours que
tu
pensese à moi, que tu
t’inquiètesf de moi.
Juliette
1 Les Aventures de Nigel, roman en trois volumes de Sir Walter Scott publié en 1822.
a « vous m’avez quitté ».
b « chauffrette ».
c « tu réussisse ».
d « tu réussisse ».
e « tu penses ».
f « tu t’inquiète ».
« 28 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 274-275], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9721, page consultée le 24 janvier 2026.
28 décembre [1835], lundi soir, 6 h.
Je viens d’écrire 6 lettres, mon cher petit homme. Je n’ai pas voulu serrer mon
buvarda sans vous avoir dit que
je vous aime de toute mon âme, de toutes mes forces, de toute ma vie.
Je ne me
plains pas, mon cher petit Toto, parce que je crois que ce n’est pas votre faute,
mais
je suis bien triste et je vous désire bien fort.
Si vous venez, vous serez le
bienvenu et l’adoré. Si vous ne venez pas, vous serez le bien attendu et le bien
adoré. De toute façonb, je
vous adore. Prenez-en votre parti comme j’en ai déjà pris le mien.
Juliette
a « mon buvar ».
b « de toutes façons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
