« 27 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 266-267], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9720, page consultée le 25 janvier 2026.
27 décembre [1835], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour, mon adoré petit homme, comment as-tu passé cette nuit ? Quoique je le
sachea, je te le demande
encore, espérant que peut-être tu auras été assez bon pour ne pas travailler toute
la
nuit comme tu en avais l’intention. Ou bien encore que tu auras allumé un bon feu
pour
te tenir auprès de lui. Moi, je suis dans mon lit, ayant assez bien dormi mais j’ai
encore très mal à la tête et à la gorge, mais cela se passera dans la journée.
Je pense cependant, si je souffrais et si tu venais tard me voir, je te prie, mon
bien
cher Victor, de ne pas chercher de raisons secrètes à ma tristesse et à mes
souffrances. Si je suis malade, ce n’est pas ma faute. Si je suis triste, c’est que
je
ne te vois pas assez. Voilà, mon cher adoré, mes raisons les plus péremptoires et
contre lesquelles il ne faut pas m’en chercher d’imaginaires.
Est-ce que tu perds tes guêtres ? Ça ne serait pas étonnant
à force de courir l’immortalité comme vous faites depuis quelques jours, mon petit
Toto. On perdrait bien autre chose.
Je t’aime, mon Victor chéri et adoré. Je
t’aime. Je t’attends. Je t’adore. Je t’espère. J’ai du courage. Si tu viens, je serai
geaie comme un pinsonb.
Juliette
a « je le saches ».
b « je serai geai comme un pinçon ».
« 27 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 268-269], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9720, page consultée le 25 janvier 2026.
27 décembre [1835], dimanche soir, 8 h. ¾
Vous êtes bien charmant, mon cher petit homme, d’être venu jeter un peu de bonheur
et
de gaieté sur ce dîner si triste et si froid. D’où vient que vous avez toujours l’air
du grand inquisiteur chaque fois que vous entrez à la
maison ? Vous en avez tout à fait le droit, mais si vous croyez
que c’est là ce qui rend une femme heureuse1.
Mon cher petit chéri, pour que vous n’ayez pas à vous étonner dans le cas
où vous viendriez tout de suite, je me suis dépêchée de tout ranger car je sens bien
l’impossibilité de vous rendre compte minute par minute de
mon temps dans des occupations comme celles auxquellesa je suis vouée depuis plusieurs jours.
Soyez sûr que je
vous aime plus qu’aucun homme, sans vous exceptéb, ne mérite d’être aimé.
Mon cher petit Toto, ce serait
bien dur et bien pénible pour moi si vous ne veniez pas bientôt car je sais que vous
êtes allé ici près ? près et je sais aussi le temps d’une visite de circonstance.
Croyez-moi, cher petit homme, que je vous rendrai compte dans cette vie et dans
l’autre de chacunec des secondes
qui vous rapprocheront de moi. Je vous aime mon Victor. Avec ce mot-là et avec vos
veilles, vos jalousies sont au moins absurdes.
Juliette
1 Citation d’Angelo tyran de Padoue (réplique de Catarina à son mari).
a « auquelles ».
b « excepter ».
c « chaqu’une ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
