« 21 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 293-294], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11388, page consultée le 24 janvier 2026.
21 mars [1837], mardi, 2 h. moins ¼ du matin
Je ne sais pas quelles sont les raisons qui vous ont obligé à ne pas venir cette nuit
me voir à l’issue de votre soirée chez M. de
Rémusat, mais soyez sûr qu’il faudra qu’elles soient bien bonnes et bien prouvées pour me contenter et rendre la
confiance que cette triste soirée m’a fait perdre.
Si vous n’êtes coupable
d’aucune trahison envers moi, vous avez un bien étrange
amour, il faut en convenir. Si vous me trompez, ce que je saurai bientôt, vous êtes
un
bien grand misérable et le dernier des hommes, car jamais femme ne s’est conduite
plus
loyalement que je ne le fais avec vous. Depuis plus de quatre ans c’est la première
fois que vous vous conduisez d’une manière aussi significative. Il y a commencement
à
tout, il est triste de penser que vous y êtes arrivé si tôt.
Si je m’écoutais,
j’irais à l’heure qu’il est savoir chez vous si vous êtes rentré et de là chez M. de
Rémusat. Mais ce que la prudence m’empêche de faire à présent, le jour me le permettra
demain matin. Au reste je vous remercierai dans tous les cas de la nuit que vous me
faites passer.
Juliette
« 21 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 295-296], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11388, page consultée le 24 janvier 2026.
21 mars [1837], mardi midi
Jour, mon petit homme adoré, je vous demande
pardon puisque vous êtes innocent de toute espèce de trime. Je vous aime et vous êtes mon Toto chéri.
Si vous venez
aujourd’hui de très bonne heure vous serez le bienvenu et le bien aimé.
Jour. Que
tu as bien fait de revenir cette nuit. Il est probable que je n’aurais pas pu fermer
l’œil, j’étais si triste et si bien malheureuse quand je me suis couchée. Il me reste
bien encore un petit fond de MÉLANCOLIE, car je n’aime pas à savoir que vous vous
frottez à des duchesses, surtout quand elles sont aussi belles que la S…….a C’est bien quelque chose que d’aimer et de se croire aimée, mais il
faut encore de la sécurité, et le moyen d’en avoir, c’est de ne vous laisser approcher
d’aucune femme, quelle que soit sa figure, son rang et même son âge. Si j’étais
vraiment votre maîtresse, j’exercerais sur vous cette
tyrannie dans toute son étendue, ce qui vous vexerait un peu. Malheureusement je ne
suis que la femme qui vous aime le plus au monde et ce n’est pas encore assez pour
vous empêcher d’être le plus aimable, le plus ravissant et le plus recherché des
hommes au milieu de toutes les séductions de ce monde.
Gardez-moi votre amour,
mon bien aimé Toto, sans lequel je ne peux vivre.
Juliette
a Les points de suspension courent jusqu’à la fin de la ligne.
« 21 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 297-298], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11388, page consultée le 24 janvier 2026.
21 mars [1837], mardi après midi, 2 h. ½
J’ai bien envie de vous baiser, mon cher petit homme, vous seriez bien bon si vous
veniez contenter mon envie tout de suite. Je voudrais déjà avoir mon petit vers, c’est
bien gentil à vous d’avoir pensé à moi en le faisant.
Vous devriez toujours faire
comme cela, ce serait une petite dîme ravissante que vous me donneriez sur toutes
vos
belles pensées et ce ne serait pas trop pour tout le chagrin et l’ennui que je ne
peux
pas m’empêcher d’avoir quand vous n’êtes pas auprès de moi.
Le Vedel sera sans doute revenu aujourd’hui,
l’oreille basse et le genou en terre comme il convient et tu auras été bon et
indulgent comme d’habitude ce qui n’empêchera pas le susdit Védel d’être un
cuistre.
Il fait un temps effroyable aujourd’hui. Je n’ai pas encore pu me
réchauffer, du moins à l’extérieur, car en dedans je brûle de tous les feux que vous avez allumés1 (genre classique),
il serait même assez bon que vous songeassiez à en éteindre au moins une partie, ce
qui ne sortirait pas de vos attributions de poète et d’amant.
Jour, un petit Loto, jour. Je vous aime par dessus toute chose au monde. Je vous aime de
tout mon cœur et de toutes mes forces. Venez bien vite, j’ai tout plein d’amour à
vous
dire tout bas [à] l’oreille et beaucoup de baisers à vous
donner.
Juliette
1 Allusion à un vers de Donatien Aldonse François, Marquis de Sade, « … Les feux que vous avez allumés dans mon cœur ne sont point éteints… » dans Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice et aussi à un vers dans Le théâtre des Jésuites « … Et c’est vous qui m’ordonnez d’arracher le trait que vous avez fixé dans mon cœur, d’éteindre les feux que vous avez allumés ! vous qui m’ordonnez de fuir !... »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
