« 20 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 185-186], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11360, page consultée le 25 janvier 2026.
20 février [1837], lundi après midi, 2 h.
Bonjour mon cher adoré ; vous n’êtes pas venu malgré vos promesses, vous êtes un
vilain Toto, je vous aime. J’ai passé une nuit couci couça. Je ne me suis endormie
que
le matin fort tard et d’un mauvais sommeil encore.
Je me suis aperçuea hier en relisant tes beaux vers, que
j’avais fait dans la copie une tas de fautes énormes dont je ne m’étais pas
aperçueb d’abord. Je t’en avertis
d’avance et je t’en demande pardon à genoux.
Mon petit Toto chéri, vous ne venez
plus presque jamais me voir. C’est bien mal à vous de me donner si peu de bonheur
pour
tant d’amour. Vous êtes un méchant Toto à qui je fais une atroce grimace.
Il fait
bien vilain aujourd’hui. S’il avait fait beau et que vous soyez venu, je vous aurais prié de me mener voir ma fille que je néglige un peu
trop, je le sens bien, car on doit abuser plus au moins de cette négligence pour tous
ses devoirs et toute sa personne. Il faudrait qu’avec toi j’aie le courage de vouloir et d’exiger, ce qui me
paraît presque impossible. J’aime mieux te prier de m’y mener de temps en temps assez
pour stimuler l’enfant et la maîtresse.
Je t’attends, mon petit Toto chéri, avec
beaucoup d’amour et pas du tout de mauvaise humeur. Je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « apperçu ».
b « apperçu ».
« 20 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 187-188], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11360, page consultée le 25 janvier 2026.
20 février [1837], lundi soir, 7 h. ¾
Dire que je t’aime, ce n’est pas assez, et cependant c’est le mot le plus expressif
de notre pauvre langue. Mais mon cher adoré Toto je t’aime de tout mon cœur, de toute
mon âme. Pardonne-moi les mouvements violents que j’ai quelquefois si injustement
envers toi. Pense que ma position est une position de gêne et de contrainte pénible
toute l’année et qu’il ne m’arrive de m’en impatienter que quelques fois. Mais je
n’ai
pas besoin de te recommander de penser à cela, toi, mon cher bien aimé, l’indulgence
et la bonté même. Toi, qui m’excuse toujours et qui toujours me donne l’exemple du
courage et de la résignation. Va, tu es bien mon adoré, tu es bien ce que j’admire,
ce
que je vénère et ce que j’aime le plus au monde.
Nous sommes sortis bien
tristesa tantôt et nous sommes
revenus bien bons amis et bien joyeux en regardant de bien belles choses. C’est dans
ce moment-là que je sentais tout le prix de ton amour et le bonheur qui y est
attaché.
Cher ange, si tu peux venir me chercher pour aller voir Crèce1 tant
mieux. Si tu ne peux pas, eh ! bien, je serai très raisonnable et très patiente. Je
baise tes mains, tes cheveux, tes yeux, ta bouche et tes petits pieds.
Juliette
1 Lucrèce Borgia, créée en 1833 à la Porte-Saint-Martin.
a « triste ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
