« 18 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 177-178], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11358, page consultée le 07 août 2026.
18 février [1837], samedi après midi, 2 h. ½
Bonjour, mon cher bien aimé Toto, bonjour mon adoré. J’ai tant dormi que je ne sais
plus où j’en suis. Si je n’étais pas encore un peu malade je mériterais d’être mise
au pain et l’eau pour avoir dormi aussi tard. Mais j’ai
mon pardon d’avance. Je viens de recevoir une lettre, je ne sais de qui, je vous
attends pour en faire l’ouverture.
Merci, cher adoré,
merci de tes bonnes petites lignes. Je les ai bien baisées.
Aussi ai-je passé une bien bonne nuit, trop bonne même, à en juger par l’heure à
laquelle je m’éveille.
Je t’aime, mon petit Toto bien aimé. Je vivrais jusqu’à la
fin du monde et je t’écrirais sans relâche que je te dirais et que je sentirais
toujours que je t’aime de toute mon âme.
Mon bon petit Toto est-ce que tu ne t’es
pas encore couché cette nuit ? J’en ai bien peur à l’entrain dont tu étais cette nuit
en me quittant. J’ai bien peur que tu n’aies continué comme cela toute la nuit au
risque de te faire du mal, car quelle santé résisterait à un travail aussi opiniâtre
et aussi continu que celui que tu fais depuis longtemps ? Mon cher petit adoré, mon
cher petit homme, mon pauvre bon ange, ménage-toi, pense à moi, pensea au désespoir
dans lequel je serais si tu étais vraiment malade. Mon Dieu je n’ose pas y penser
sans
effroi. Ménage-toi donc pour l’amour de moi, mon cher adoré, et reçois mille baisers
en récompense.
Juliette
a « ménages-toi, penses à moi, penses ».
« 18 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 179-180], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11358, page consultée le 07 août 2026.
18 février [1837], samedi soir, 7 h. ½
Oui vous êtes un vieux gourmand, vous ne m’avez pas quitté si vite que pour aller
chez vous goblotter des bonnes choses [Mi Mi Mi ?] [Mé Mé Mé ?].
Je sens que la promenade m’a fait assez de bien. Dame, c’est qu’il fait
si beau, aussi, que cela ressusciterait un mort, à plus forte raison une vivante.
Pauvre chéri, c’est ton tour aujourd’hui d’avoir mal à la tête. J’aimerais mieux que
ce fût moi parce que un bobo de plus ou de moins il n’y paraîtrait pas, tandis que
toi
mon bel ange obligé de travailler, c’est vraiment trop, beaucoup trop. Je ne sais
pas
comment cela ce fait, mais je t’aime tous les jours davantage. Quoique cela me
paraisse impossible à moi-même, cela est pourtant.
Je ne veux pas que tu
croiesa que je fais de folles
dépenses. Si tu étais une femme, mon bien-aimé, au lieu d’être le plus ravissant des
hommes, tu saurais que je suis bien discrète et bien réservée pour ma dépense
personnelle, et qu’il n’y a que le strictb nécessaire que je me donne. Je te dis cela parce que je crains
qu’occupé comme tu l’es et gagnant si péniblement l’argent que tu me donnes, tu ne
me
rendes pas toute la justice que je mérite.
Je t’aime, mon amour, je t’aime mon
Toto adoré, je te donne ma vie, mon cœur et mon âme pour toujours et sans y prétendre
jamais rien.
Juliette
a « croyes ».
b « stricte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
