17 juin 1864

« 17 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 164], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e529, page consultée le 01 mai 2026.

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J’ai un œil sur mon papier et l’autre sur le coin de la jetée, mon doux adoré, afin de ne rien perdre au dedans ni au dehors de mon cœur de la chance de te voir et de te parler, soit que tu passes au moment où je t’écris ceci, soit que tu me laisses le temps de te donner ma restitus pleine et entière. Encore quelques jours de courage et je pourrai revendiquer ma part de promenade et de causerie. J’espère, si rien ne s’y oppose, reprendre le cours de nos chers petits dîners jeudi prochain. Je fais force de voile et de rame pour cela. Ce soir j’ai déblayé encore pas mal de choses ; demain j’entreprendrai les armoires de ma chambre ; les étages supérieurs viendront après.

Cher bien-aimé, tu frappes à ma porte et je cours t’ouvrir. Hélas ! que n’ai-je les jambes comme le cœur, avec quelle joie j’aurais accepté d’être des vôtres ce soir. Malheureusement je suis obligée de compter avec ma podagrerie1 qui ne se laisse pas tenter elle, la vilaine qu’elle est. Pendant que tu te perds de vue à l’horizon à l’extrême de la jetée, je profite du reste du jour pour te donner toutes les tendresses dont mon âme déborde. Je suis triste. Mais je t’adore. J’ai envie de pleurer et j’ai besoin de te bénir tout cela à la fois. Quand pourrai-je m’habituer à cette splendide maison ? je ne le sais pas. Mais je sens que je regretterai éternellement l’autre, si incommode pour les jambes comme les miennes, mais si joyeuse et si heureuse pour mon amour. Pardonne-moi mon rabâchage, mon bien-aimé, car je n’ai pas encore pu me résigner à mon changement de vie. Pense à moi, regrette-moi, reviens-moi et aime- moi je t’adore.

Juliette


Notes

1  Podagrerie : crise de goutte.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.