« 9 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 158], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e366, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 9 juin [18]64, jeudi matin, 8 h.
Bonjour, et rebonjour, encore, mon cher petit homme, si tu as passé une bonne nuit comme je l’espère. Nous avons bien fait de profiter du beau temps hier1 car aujourd’hui nous n’aurions pas pu faire de promenade quand bien même nous l’aurions voulu à cause de la pluie qui me paraît prise pour toute la journée. Cela ne m’empêchera pas pourtant de faire déménager tantôt tout ce que je pourrai de mon mobilier, tant par les servardes que par les ouvriers, et à ce sujet, j’ai oublié de te parler de diverses petites planches que je veux faire placer dans les chambres des bonnes. Il n’y a du reste qu’à les enlever de cette maison-ci pour les transporter là-bas ce n’est qu’une question de quelques clous et d’un couple d’heures au plus. Le moment est venu de prendre le grand parti du déménagement à FOND. Mon intention serait dea coucher à la maison lundi ou mardi prochain et de pendre la fameuse crémaillère le samedi de la même semaine. Cela te va-t-il ainsi ? Je ne voudrais pas retarder plus longtemps mon emménagement qui est devenu de toute nécessité maintenant. J’espère que tu seras de mon avis. En attendant je profite des dernières minutes pour remplir mes yeux et mon cœur de ta vue, de celle de ta maison, de ton jardin et de l’horizon que tu vois tous les jours de ton lucoot. Je sens que tout cela va beaucoup me manquer et j’en ai déjà la tristesse et la nostalgie. Que sera-ce donc quand j’en serai loin ? Je n’y voudrais plus penser parce que cela m’ôte du courage ; mais hélas ! j’ai beau faire, j’y pense toujours et de plus en plus. Il faudra que tu viennes souvent et que tu restes bien longtemps chaque fois tous les jours chez moi, mon doux adoré, pour adoucir l’amertume de mes regrets de la perte de mon cher petit voisinage. Tu me l’as promis et j’y compte. Si je n’avais pas cet espoir rien ne pourrait me décider à quitter ma masure actuelle. Pense à moi, mon adoré, souris-moi je t’adore et tâche de me regretter un peu quand je n’y serai plus.
1 Victor Hugo a noté une promenade de deux heures avec Juliette, la veille, dans son carnet (Cinquième agenda, CFL, t. XII, p. 1460)
a « d’y » corrigé en « de ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
