« 10 juin 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 159], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d19e395, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 10 juin [18]64, vendredi matin, 6 h. ½
Je suis encore levée avant toi, mon cher bien-aimé, mais je n’en suis pas plus fière parce que je crains que tu n’aies mal dormi encore cette nuit. Quant à moi, j’ai très bien dormi mais j’étais réveillée ce matin à quatre heures. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester au lit jusqu’à cinq heures puis enfin je me suis levée et j’ai déjà ingurgité ma médecine depuis trois quarts d’heure. Tu vois que je ne perds pas mon temps, en supposant que ce soit là bien employer ce temps, que de se drogueiller comme je le fais depuis quelque temps1. Du reste je vois que cela ne produit d’autre résultat que de me fatiguer extrêmement : aussi j’y renonce pour longtemps. Ma nature est celle d’une bête de somme qui ne demande qu’à être laissée à elle-même pour se bien porter et mener la vie avec le seul secours de son instinct. J’en suis fâchée pour vous et pour la médecine mais c’est comme cela. En attendant j’ai encore avalé cette mauvaise drogue ce matin mais c’est pour la dernière fois quelles qu’ena soient les conséquences. J’espère que je me serai suffisamment tordue jusqu’à midi et que je pourrai aller à ma maison sans inconvénient. Nous allons voir ce que dira ce misérable tapissier pour expliquer et pour justifier son hideux bousillage mais quelle queb soit sa défense il n’en restera pas moins le plus savetier des filous passés, présents et futurs. Je doute fort que je puisse être emménagée avant la fin du mois à cause du tapis du cabinet et des chaises à recouvrir à moins que je ne prenne le parti de tout brusquer lundi et de m’installer vaille que vaille dans ma maison inachevée. Tu verras à décider cela2. Jusque-là je fais ce que je peux pour ne pas perdre de temps et je t’adore.
1 Juliette s’est soignée contre des maux de ventre.
2 Victor Hugo semble, en effet, avoir fait hâter la fin des travaux, puisqu’il note dans son carnet, le lendemain 11 juin : « Gor et Jones ont terminé les travaux de la maison Domaille. ils ont emporté leurs outils aujourd’hui. » (CFL, t. XII, p. 1460)
a « quelque en ».
b « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
