14 décembre 1847

« 14 décembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 284-285], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4419, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon bien-aimé ! Je suis bien patraque et je ne sais à quoi attribuer le malaise général que j’ai si ce n’est à l’influenza1. J’éternue sans être enrhumée et je suis courbaturée sans motif. Je ne sais même pas si je pourrai sortir avec tout le désir que j’ai de faire ce que tu veux. Je suis vraiment souffrante, mon petit homme et je crois que ce n’est pas le moment de sortir. Cependant je t’assure que je me ferai violence tantôt pour sortir au risque d’augmenter mon mal tant je tiens à te prouver mon obéissance. Il fait un temps d’ailleurs très engageant et il faut être vraiment bien souffrante pour y résister.
Mon cher petit homme je veux que vous soyez bien persuadé du désir ardent que j’ai de vous plaire parce que rien n’est plus vrai. Seulement il faut bien vous rendre compte que ce désir est souvent entravé par toutes sortes de maux dont je ne suis pas la maîtresse. Il est certain que dans ce moment-ci je ne suis rien moins qu’alerte et que j’ai plus besoin de chaleur, de coin du feu et de lit que d’exercice au grand air. Je ne dis pas cela pour éluder la promesse que je t’ai faite cette nuit mais pour constater un fait qu’il n’est pas en mon pouvoir de nier. Je ne veux pas que vous soyez mécontent, je vous le défends. Laissez-moi souffrir à mon aise sans vous en inquiéter c’est bien le moins que j’aie mes coudées franches pour cela. Baisez-moi et aimez-moi voilà tout ce que je demande et lisez-moi de mon Jean Tréjean2 si vous tenez à me guérir bien vite : je vous dis que c’est le seul bon remède homéopathiquea pour ma maladie qui est de trop vous aimer.

Juliette


Notes

1 Autre nom de la grippe dont, en effet, Juliette présente les symptômes.

2 Jean Tréjean, dont Victor Hugo a repris la composition, est le premier état des Misérables.

Notes manuscriptologiques

a « oméopathique ».


« 14 décembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 286-287], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4419, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu penses bien, mon Toto adoré, que si je ne sors pas c’est que je ne le peux absolument pas. J’ai une courbature, ou des douleurs rhumatismales, je ne sais lesquelles, mais dans le doute je crois qu’il est prudent de ne pas me forcer à marcher puisque je sens que cela me fait du mal. Je te promets dès que cela sera passé de me promener tous les jours pendant quelques heures. Est-ce bien avec Charlot que vous êtes sorti, vieux Toto ? Si je n’avais pas été aussi infirme j’aurais été me promener dans ces parages pour être bien sûre de votre fidélité. Malheureusement je ne peux remuer ni pieds ni pattes et j’en suis réduite à m’en rapporter à vous à mon grand regret car je n’ai pas une foi immodérée en vos reliques vous le savez. Ce que vous ne savez peut-être pas c’est que voici la dernière feuille de petit papier et qu’à partir de ce soir il faudra user du beau papier satiné. Je vous en préviens pour que vous avisiez à en avoir d’autres le plus tôt possible. Voici un moment hideux et que je regarde avec horreur parce qu’il sera pour toi un sujet de dépense et par conséquent de travail et de fatigue. Je voudrais que cette époque fûta passée pour toujours. Je ne sais pas comment tu feras en attendant pour doubler celle-ci. J’espérais que j’aurais vendu le piano et que tu serais moins gêné et voilà que je dois à Mme Guérard et à [.] qui toutes deux ont besoin de leur argent. Cela me tourmente on ne peut pas davantage et je regrette bien de n’avoir pas ajourné tout ce qui m’était personnel. C’est une leçon mais en attendant je bisque surtout à cause de toi mon pauvre bien-aimé.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « fut ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.