« 23 décembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 239-240], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8385, page consultée le 02 mai 2026.
23 décembre [1841], jeudi soir, 6 h.
Vous voilà bien content, mon ravissant petit floueur, d’avoir inventé un CRIME d’un
nouveau genre. Il n’y a qu’une petite difficulté, c’est que je m’oppose à ce que vous
le COMMETTIEZ jamais en graisse et sans graisse, ni même à
L’ANGLAISE comme les légumes verts. Vous aurez beau faire et beau dire, cela vous
est
défendu de para JUJU et son GRAND
COUTEAU, c’est ce qui vous LA COUPE. M’avez-vous assez menti depuis huit jours avec
votre SÉANCE REMISE, et vous croyez que j’ai donné dans la B…..b LAGUE plus souvent. Je donnerais plutôt ma confiance à Jacquot qu’à vous. Ahc ben ouiche que je vous crois à côté, il y a
de la place. Je ne suis plus si bête à présent, c’est dommage que cela m’arrive un
peu
tard.
J’ai eu la visite de la mère Lafabrègue tantôt, je lui ai donné ses 10 F.
comme de juste puisque je les avais. J’aurais besoin d’épicerie mais je ne sais pas
si
j’aurai assez pour en faire venir une provision. Je te consulterai là-dessus ce soir.
J’étais bien malade tantôt, mon pauvre amour. Sans grimace aucune, tu peux me
croire car j’ai bien du courage et quand je me plains, c’est que c’est sérieux. Ce
soir, je vais mieux mais je sens que j’aurais besoin d’un peu d’exercice pour diminuer
mon mal de tête. Tu serais bien gentil si tu venais me prendre après ton dîner, PAS
POUR VOIR LES BOUTIQUES1, mais pour marcher et pour être avec toi
bras dessus bras dessous. C’est si bon et si rare ce bonheur-là que je ne me lasse
pas
de le demander et de le désirer. J’espère que tu ne me compteras pas cette petite
matinée toute étriquée et toute blaireuse
d’aujourd’hui parmi les matinées heureuses et triomphantes que tu me donnes de temps
en temps ? Je n’en veux pas d’abord, ainsi tu seras bien forcé de la reprendre pour
ton propre compte. Je t’engage aussi [à] me rabibocher bien vite du
CHOU BLANC de ce matin, pour cela vous n’avez qu’à venir demain ou plutôt cette nuit
et le malheur sera réparé. Il est vrai que demain, vous n’aurez ni séance ni cérémonie
et par conséquent aucune nécessité de vous en aller à heure fixe2, ce qui est un motif de plus pour vous empêcher de
venir, n’est-ce pas mon, Toto ? Oui oui, vous êtes un gaillard bien amoureux, il faut
le dire vite et ne pas se tromper. Mais moi, je vous aime de toute mon âme malgré
tout
et toujours de pire en pire.
Juliette
1 Reproche ordinaire de Juliette à Hugo qui courtiserait les filles de boutique.
2 Tous les jeudis ont lieu les séances publiques à l’Académie et Hugo n’en manque jamais une seule. Quant à la séance particulière qui vient d’avoir lieu le jour même, il s’agit de l’élection de Alexis de Tocqueville au fauteuil 18, en remplacement du défunt comte Lacuée de Cessac. Il sera reçu par le comte Molé le 21 avril 1842. Le nombre des votants était de 31, la majorité de 16. Au premier tour de scrutin, M. de Tocqueville a obtenu 15 voix, M. Vatout 9 et M. Aimé Martin 7. Au deuxième tour, Tocqueville a réuni 21 suffrages, Vatout 8 et Aimé Martin 2 (Annuaire historique universel ou Histoire politique pour 1841, rédigé par MM. V. Rosenwald et H. Desprez sous la direction de M. C. L. Lesur, Paris, 1842, p. 257).
a « part ».
b Il y a plusieurs points de suspension dont le nombre est difficile à distinguer.
c « À ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
