« 22 mai 1865 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0012], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12691, page consultée le 11 août 2026.
Lundi 22 mai [1865] !!!
JE NE TE DIS QUE ÇA.1
1 C’est la Sainte Julie. D’une autre main, sans doute celle d’Émile Blémont, qui la collectionna, est écrit sur la lettre « Il devait mourir à cette date 1885 ».
« 22 mai 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16386, f. 132], transcr. Claire Villanueva, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12691, page consultée le 11 août 2026.
Guernesey, 22 mai 1865, lundi après-midi, 3 h.
Puisqu’il me reste encore quelques minutes avant ton retour, mon ineffable bien-aimé, je continue la suite de mes tendresses retenues captives par une migraine malencontreuse et je m’empresse de te les donner pêle-mêle, te laissant le soin de les débrouiller et de les remettre sur pied et sur pattea dans leur ordre naturel. Si je t’avais écrit ce matin sous l’influence immédiate de mon émotion je crois que ma pauvre tête aurait éclatéb. J’étais comme INSOLÉE par les choses adorables que tu m’as écrites. Je sentais et je pensais trop à la fois. J’étais au même moment au ciel et sur la terre sans savoir où me poser. J’étais presque morte pour ce monde et déjà vivante pour l’autre. J’avais perdu l’équilibre de mon corps et de mon âme. Voilà pourquoi mon adoré bien- aimé j’ai attendu jusqu’à présent pour
Mardi matin, 6h. ½
Je reprends après une nuit passée mon gribouillis où je l’avais laissé hier quand tu es venu me chercher pour sortir et je te dis ceci : JE T’AIME. Tu es l’âme de mon âme. Tout ce qui n’est pas toi est une fatigue et une souffrance. Mon idéal suprême serait de te servir uniquement comme on sert Dieu en t’admirant et en t’adorant à genoux.
a « sur pieds et sur pattes ».
b « éclatée ».
« 22 mai 1865 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0013/0015], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12691, page consultée le 11 août 2026.
Guernesey 22 mai [18]65, lundi après-midi, 3 h. ½
J’étais si souffrante ce matin, mon doux adoré bien-aimé, que je n’ai pas écrit tout de suite après avoir lu ton adorable petite lettre1 dans l’espoir que mon mal de tête s’apaiseraita bientôt après. Mais le méchant y a mis une maligne persistance jusqu’à présent. Cependant, quoi qu’il fasse, il ne m’empêchera pas de te crier : amour, admiration, vénération, reconnaissance et adoration de toute la force de mon cœur et de mon âme. Je n’ai pas malheureusement l’énergie physiqueb à la hauteur de mon dévouement pour toi et j’en suis bien contristée chaque fois que cette lacune t’apparaît. Cependant, mon bien-aimé, je te promets de recevoir de mon mieux tes deux musiciens ce soir et de leur faire bon visage malgré le tort involontaire qu’ils font à ma petite fête de demain. Marquand, qui n’y fait pas autrement de façon, vient de m’écrire qu’il ne dînera pas chez moi demain à cause du concert de Réményic. D’un autre côté, Mme Chenay me paraît regretter cette occasion extra musicale. Il en sera de même probablement de Kesler. Ne vaudrait-il pas mieux rengainer mon compliment pour cette fois et rendre galamment la liberté à tout le monde que de retenir de force les deux ou trois invités qui n’oseraient pas se dégager ? Je te soumets cette question, me conformant d’avance à ta réponse quelle qu’elle soitd.
1 Hugo lui écrit la veille une lettre postée le 22 mai (comme l’indique l’enveloppe), publiée par Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 239. Cette lettre célèbre la Sainte Julie, patronne de Juliette. En voici un extrait : « Cette exquise fête du printemps que nous admirions hier et que j’admire ce matin, dans toutes les fleurs et dans tous les rayons, c’est ta fête. Dieu t’a donné mai, son plus beau et son plus tendre mois, l’aurore de l’année. Nous vivons, toi et moi, à cette heure, dans l’idéal pur, nous ne tenons plus à la vie que par le cœur, nos deux âmes ont déjà presque déployé leurs ailes comme nos deux anges de là-haut, ta Claire et ma Léopoldine, notre pensée n’est qu’une pensée, nous songeons les mêmes choses au même moment, nous aimons les mêmes morts et les mêmes vivants, tu te sens mère pour mes enfants, sois bénie d’être ainsi, et que Dieu soit béni de nous avoir unis dans cet indissoluble amour ! Je t’aime. Ta fête, c’est cet amour. »
a « appaiserait ».
b « phisique ».
c « Réminÿ ».
d « quelqu’elle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
- 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
- 25 octobreChansons des rues et des bois.
